La propagande de la Grande Guerre : aux origines de la propagande moderne

Par Anne Morelli (ULB)

 

AM70 p.1Il n’est pas exagéré d’affirmer que tous les thèmes de l’actuelle propagande remontent à la Première Guerre mondiale. Peu après ce conflit, Arthur Ponsonby confie dans un livre – que je considère comme la « Bible » de la propagande guerrière[1] – ses observations à propos des mensonges construits dans la « fabrique du consentement » pour faire adhérer l’opinion publique à la guerre. Avec cette œuvre, il fournit la meilleure description possible des principes de base de la propagande de guerre.

Le Lord britannique se réjouit de l’opportunité qu’il a eue d’occuper un poste d’observation exceptionnel, qui lui a permis d’analyser l’image de l’ennemi qui se construisait tant dans le camp adverse que dans le camp allié. En partant de là, j’ai voulu décrire les mécanismes de construction de la propagande de guerre en les organisant autour de ce que j’ai défini comme étant les dix principes élémentaires de la propagande de guerre[2].

Ma démarche intellectuelle a consisté à vouloir vérifier si les techniques de propagande de la Grande Guerre étaient encore utilisées aujourd’hui. Et je peux affirmer que, selon mon analyse, si les organisations ont changé, si les médias ont connu une évolution spectaculaire, la thématique et les techniques de propagande se sont, elles, bel et bien maintenues.

« Se construire un ennemi » est vraiment le cœur du discours propagandiste qui prend forme de manière systématique durant la Première Guerre mondiale. Cet ennemi est belliqueux, toute la responsabilité de la guerre lui incombe, il provoque intentionnellement des atrocités et use d’armes illégales. Ses cibles sont de préférence les femmes et les enfants. L’ennemi ne respecte pas la religion. Le chef du camp ennemi ne peut être comparé qu’au diable lui-même. Ces ennemis sont des êtres inférieurs, immoraux, lâches, ils sont des extrémistes de la guerre aux intérêts bas et à la propagande primitive (« bourrage de crâne »), mais – par chance – leurs pertes sont importantes et, depuis le début de la guerre, ils sont prédestinés à être défaits.

En dressant ce portrait, on suscite habituellement un sentiment collectif d’horreur à l’égard de l’ennemi, un sentiment exacerbé pour pousser la population à accepter le sacrifice de ses hommes, les difficultés matérielles inhérentes à l’état de guerre et à accepter également ses propres violences immorales. Pour construire de cette manière l’imaginaire de l’ennemi, durant la Première Guerre mondiale, la propagande (mieux connue sous l’appellation « l’information de guerre ») est pour la première fois confiée à un service professionnel.

 

L’ennemi belliciste

Des dix principes de la propagande de guerre[3], j’ai choisi de traiter ceux qui contribuent le plus directement à la construction de l’imaginaire de l’ennemi.

Le premier d’entre eux consiste à se présenter comme pacifiste et l’ennemi, au contraire, comme le seul instigateur de la guerre parce qu’il est belliciste par nature. Durant la Première Guerre mondiale, chacun des deux camps a déclaré solennellement, devant son opinion publique, ne pas avoir voulu la guerre. Quand, en 1914, le gouvernement français ordonna la mobilisation, il déclara qu’il ne s’agissait pas d’encourager une quelconque guerre, mais que c’était bien là la meilleure façon de garantir la paix. De l’autre côté, le 19 août 1915, le chancelier allemand assura au Reichstag : « Nous n’avons jamais désiré la guerre. Depuis les origines de l’empire, chaque année de paix a contribué à notre progrès : c’est dans la paix que nous prospérons ».

Le camp adverse est donc seul responsable du conflit et chacune des deux parties assure avoir été contrainte de déclarer la guerre afin d’empêcher l’autre de mettre la planète à feu et à sang. On se doit de combattre afin d’en finir avec toutes les guerres. La Grande Guerre devait être la dernière guerre, « la Der des Der ». Ainsi est peint le portrait d’un ennemi viscéralement belliciste et éternel agresseur.

Bien que sachant que la mobilisation simultanée de la Russie et de la France aurait conduit l’Allemagne à déclarer la guerre, le gouvernement français a mobilisé et déclenché la déclaration de guerre allemande pour ensuite jurer, à travers un message du chef de l’État et le discours du 4 août 1914 du chef du gouvernement, que si la France était en guerre, elle l’avait été à sa plus grande surprise et uniquement suite à l’agression « improvisée, odieuse, traître et incroyable de l’Allemagne ». « Tout ce qu’il fallait faire pour éviter la guerre, nous l’avons fait », écrivait un journal parisien à la veille de la guerre[4].

De l’autre côté, les Allemands présenteront le conflit comme une chose imposée par la France. La neutralité de la Belgique a bel et bien été violée par les Allemands, mais la France s’était elle aussi préparée à une vigoureuse offensive en Belgique tandis que les Anglais étaient également prêts à débarquer préventivement en Flandre. Paris et Londres se sont donc sentis plutôt soulagées quand, en août 1914, l’Allemagne a contraint la Belgique à lui ouvrir la voie. Cependant, le viol de la neutralité belge fut présenté par l’Allemagne comme une « riposte ».

La responsabilité de la guerre était certes partagée, mais chaque camp a construit pour sa propre opinion publique l’image de l’ennemi belliciste, unique agresseur et responsable des hostilités. Une image encore utilisée parce qu’il est désormais d’usage de considérer que nous sommes contraints de faire la guerre parce que c’est l’adversaire qui l’a commencée ; que nous sommes obligés de réagir, en état de légitime défense ou pour honorer les engagements internationaux…

 

L’odieux fantoche

Dans la construction de la figure de l’ennemi, il est très efficace de concentrer la haine sur le leader adverse. L’ennemi aura ainsi un visage et ce visage sera, évidemment, odieux. Cette personnalisation naît de la diversité des personnes constituant la population ennemie ; elle vise à éviter que chaque citoyen puisse reconnaître son semblable au sein de la population adverse.

Pour affaiblir la cause de l’adversaire, il faut au minimum présenter son chef comme un incapable et conduire à douter de sa fiabilité et de son intégrité. Mieux encore, il faut toujours, dans la mesure du possible, diaboliser le leader ennemi, en le présentant comme un être immonde à mettre en déroute, comme le dernier des dinosaures, comme un fou, un barbare, un criminel de l’enfer, un boucher, un perturbateur de la paix, un ennemi de l’humanité, un monstre… Et c’est de ce monstre que vient tout le mal. Le but de la guerre sera alors de le capturer et son éviction engendrera le retour immédiat de la morale et de la civilisation. Dans certains cas, ce portrait de l’ennemi peut sembler justifié, il ne faut toutefois pas perdre de vue que ce monstre était, avant le conflit, la plupart du temps fréquentable et que le même le redeviendra parfois après la fin du conflit.

Ainsi, durant la Première Guerre mondiale, le vieux Kaiser fut diabolisé par la propagande alliée. Dans la propagande, dans la presse, il est rapidement devenu un fou, un assassin et un boucher, un barbare qui décide de faire incendier des villes comme Louvain, de faire assassiner vieillards et bambins, de faire violer femmes et jeunes filles. Cette image fut si forte qu’elle perdure un siècle encore après les faits. Mes étudiants, à chaque nouvelle année académique, me racontent que dans leur enfance, à Bruxelles, ils ont chanté une comptine qui dit : « Guillaume est un méchant homme, qui a tué des millions d’hommes. Sa femme est l’impératrice, l’impératrice … de la saucisse ! ». Par l’intermédiaire de cette chanson s’est transmise l’image d’un chef ennemi monstrueux, personnellement responsable des toutes les atrocités de la guerre.

Mais ces terribles accusations, à charge de la personne malveillante du Kaiser, furent rapidement démenties après le conflit. Guillaume se « réfugie » dans un château en Hollande ; son procès annoncé par le Traité de Versailles n’aura jamais lieu et l’ex-empereur surnommé « Attila » durant le conflit, reçoit des Alliés l’autorisation tacite de vivre tranquillement en Hollande où il demeurera jusqu’à la fin de ses jours. Le « monstre » est redevenu une personne au même titre que les autres chefs d’État, un peu à la manière des autres monstres « par intérim » que furent Nelson Mandela, Yasser Arafat ou Khadafi, longtemps diabolisés par les médias occidentaux (assassins, terroristes…) pour redevenir à d’autres moments d’honorables interlocuteurs reçus par tous les chefs d’État.

 

L’ennemi est animé par des intérêts inavouables

Généralement, la guerre a comme mobile la volonté de domination géopolitique, assortie de motivations économiques. Ces mobiles sont inavouables à l’ opinion publique, mais la propagande de chaque camp prétend combattre pour une cause noble : l’honneur du pays, la liberté, l’indépendance, la vie ou les valeurs morales de haut rang, capables de donner au conflit un caractère de croisade.

L’ennemi en revanche est animé par de bas intérêts : lutte afin de s’accaparer un territoire, une colonie, un gisement, pour annexer une province, pour la satisfaction d’être reconnu comme le plus fort ou par simple impérialisme et militarisme. Le but de la guerre pour l’ennemi est par conséquent la défense d’intérêts particuliers et non de valeurs morales indiscutables comme la défense de la démocratie, la défense des petites nations ou la lutte contre le militarisme.

En ce qui concerne la Première Guerre mondiale, les motivations des grandes puissances peuvent ainsi être résumées :

-          par une guerre victorieuse contre l’Allemagne, la France espérait pouvoir retourner aux confins du Second Empire ;

-          la Russie espérait obtenir l’hégémonie sur les Balkans, et surtout, sur Constantinople ;

-          l’Angleterre voulait maintenir son statu quo de première puissance coloniale et maritime et bloquer l’avancée des Allemands sur le continent ;

-          l’Allemagne voulait obtenir des matières premières des colonies, exporter ses produits finis, casser le monopole anglais sur les mers (qui entravait ces projets), rompre l’encerclement franco-anglo-russe et renforcer son unité ;

-          les États-Unis espéraient réaliser en Europe des ventes et des prestations rémunératrices ainsi qu’entrer dans le cercle des grandes puissances (et ils y parviendront).

Les textes officiels n’évoquent toutefois ces objectifs peu honorables que lorsqu’ils décrivent les intentions de l’ennemi.

De notre côté, en revanche, on ne parle jamais de lutter pour s’emparer d’un territoire ou d’un gisement, pour annexer une province (à l’exception de celles qui revêtent un caractère symbolique comme l’Alsace-Lorraine, par exemple) ou une colonie, ni pour la satisfaction d’être reconnu comme le plus fort.

L’ennemi est donc présenté comme le seul à être animé par le militarisme qui vise à la suprématie, à agrandir son territoire alors que, de l’autre côté, nous combattons, comme chacun sait, pour précisément s’opposer à ce militarisme. Intentions peu crédibles pour l’observateur averti, néanmoins mille fois répétées pour persuader l’opinion publique que – contrairement à nos adversaires – nous faisons la guerre pour des motifs absolument honorables et non, comme eux, pour satisfaire des objectifs géopolitiques et économiques.

 

Le soldat ennemi sadique attaque les vieux, les femmes et les enfants

Dans la construction de l’imaginaire de l’ennemi, ce point est d’une importance particulière. Les récits des atrocités commises par l’ennemi constituent un élément essentiel de la propagande de guerre. Il faut amener à croire que seule l’armée ennemie est coutumière de pratiques de saccages, de viols, d’incendies, d’assassinats ou de vols à main armée qui sont malheureusement des comportements communs à chaque armée.

Durant la Première Guerre mondiale, l’image de l’armée ennemie formée essentiellement de brigands sans foi ni loi fut exploitée par les deux camps. Du côté allemand, circulait une accusation selon laquelle les populations civiles belges et françaises menaient une guerre déloyale de « francs-tireurs » contre l’armée allemande. Arthur Ponsonby révèle comment la propagande allemande a répandu des rumeurs selon lesquelles, à l’hôpital d’Aix-la-Chapelle, un service était réservé aux soldats allemands à qui on avait arraché les yeux en Belgique ! Des journaux allemands, d’ailleurs, avaient publié qu’un médecin français et deux officiers, à Metz en Lorraine, avaient contaminé un puits avec le bacille de la peste et du choléra.

Dans le même ordre d’idée, le Service de presse allemand (Pressekonferenz), présidé par un militaire, laissa courir le bruit que des prêtres belges avaient caché une mitraillette derrière l’autel de leur église, qu’ils avaient fusillé des soldats allemands et arraché les doigts de ceux qui portaient des alliances pour s’en faire un collier ou encore qu’ils leur avaient offert un café à la strychnine… Ces racontars épouvantables créeront au sein des troupes allemandes un sentiment de panique considérable : chaque civil belge ou français apparaissait comme un sadique en puissance.

En réponse, les accusations alliées relatives aux comportements de l’armée allemande ne se feront pas longtemps attendre. Selon des études sérieuses, datant de la fin du Xxème siècle[5], ces accusations sont nées de la rencontre complexe entre la subjectivité collective et la réalité de la guerre, et sont utilisées davantage qu’inventées de toutes pièces, par les services de propagande des deux camps. De sorte que, comme les légendes, sans aucun rapport pas même indirect avec les événements, ces accusations auraient ancré dans l’imaginaire collectif la peur hystérique qui épouvantait les civils et les soldats immergés dans l’atmosphère angoissante de la guerre. Dans cette situation, la propagande officielle n’avait qu’à amplifier ces émotions populaires collectives, plutôt que de les apaiser voire de les annihiler grâce à des contradicteurs capables de démentir énergiquement ces légendes.

Du côté allié, durant la Première Guerre mondiale, le plus grand succès et les plus grandes répercussions politiques furent obtenues grâce aux histoires des « enfants belges aux mains coupées ». John Horn en arrive à la conclusion que cette rumeur était absolument infondée ; il en a étudié la formation, qui commence avec la publication, vers la fin de 1914, de récits de mutilations diverses, pour aboutir en 1915 au thème plus circonscrit des « mains coupées ». La légende des « mains coupées » joue, dans l’opinion publique, un rôle récapitulatif et symbolique et confère un profond caractère moral de lutte manichéenne contre la barbarie à un conflit perçu comme long et cruel. Selon cet auteur, la première phase ne résulta pas d’une campagne officiellement concertée, mais ce furent ces récits d’atrocités qui poussèrent les réfugiés à fuir sur les routes. Si, d’un point de vue militaire, cet exode créa un désordre néfaste, d’un point de vue politique, il donna lieu à un bilan positif puisque que le thème des réfugiés belges (et des atrocités allemandes) sera largement exploité sur le plan international.

Après la Grande Guerre, Lord Escher écrivait : « L’épisode belge fut un coup de chance qui arriva à point nommé pour conférer à notre entrée en guerre le prétexte moral nécessaire à la préservation de l’unité de la nation, sinon celle du gouvernement[6]. »

Les réfugiés belges et la légende des enfants aux mains coupées ont pesé dans la balance pour décider les États-Unis à intervenir dans le conflit. L’historienne belge Suzanne Tassier[7], qui avait travaillé sur les archives américaines, a soulevé le rôle essentiel de l’image du « pauvre petit Belge » sur l’opinion publique américaine afin de rendre moralement insoutenable la neutralité des États-Unis et pousser à son intervention aux côtés des Alliés. Les premières brèches dans l’isolationnisme américain s’étaient produites en 1915-1916, avec l’action exercée sur l’opinion publique américaine par la « Commission for relief in Belgium »[8], avec les appels en faveur des enfants belges et les campagnes pour la récolte de nourriture et de vêtements pour les Belges victimes de l’agression allemande[9].

Les enfants belges aux mains coupées furent aussi, à de multiples reprises, utilisés dans d’émouvants récits d’Émile Vandervelde et Jules Destrée au cours de leur voyage en Italie, pour persuader les Italiens d’entrer en guerre aux côtés des Alliés.

Francesco Saverio Nitti, qui fut ministre durant la guerre et ensuite président du Conseil, témoigne dans ses mémoires de l’impact de ces récits :

 

« Nous avions entendu raconter l’histoire des petits enfants belges auxquels les Huns avaient coupé les mains. Après la guerre, un riche américain, secoué par la propagande française, envoya en Belgique un émissaire pour pourvoir aux besoins des enfants qui avaient eu les petites mains taillées. Il ne réussit à en rencontrer aucun, même pas un. Mister Loyd George et moi-même, lorsque j’étais le chef du gouvernement italien, nous avons fait procéder à de minutieuses recherches pour vérifier la véracité de ces accusations pour lesquelles, dans certains cas, étaient spécifiés noms et lieux. Il en résulta que tous les cas, objets de nos recherches, avaient été inventés[10]. »

On racontait que les Allemands mutilaient les infirmières, équarrissaient le corps des prisonniers pour en faire des lubrifiants, qu’ils avaient enfermé les mineurs belges pour les ensevelir vivants dans les mines, qu’ils tatouaient l’aigle allemand sur le visage de leurs prisonniers ou leur coupaient la langue. La presse assurait que les Allemands bombardaient prioritairement les hôpitaux et visaient spécifiquement les églises.

Un officier allemand, tenu pour imperméable à la culture comme tous ceux de sa « race » (« race » qui, cela dit, avant la guerre, présentait chaque année au monde bon nombre de scientifiques, artistes et penseurs), avait jeté dans les flammes de l’incendie de Louvain La dernière cène de Dirk Bouts, par ailleurs encore visible aujourd’hui en l’église Saint Pierre de Louvain.

Le monstre boche brandissait la torche pour incendier cités d’art et monuments, levait son verre pour boire, égorgeait les nourrissons ou alternativement coupait le sein des femmes et se jetait sur elles pour les violer en riant sataniquement[11].

Bien que les atrocités réelles de la guerre furent suffisamment cruelles (par exemple, les 5.500 civils fusillés à Dinant, Tamines, Andenne, Rossignol et dans les autres villes et villages belges, abattus sous prétexte qu’ils étaient des francs-tireurs), on n’hésitait toutefois pas à ajouter des détails scabreux pour pousser à croire que la guerre avait opposé à un peuple de scélérats un peuple de paladins soucieux d’accomplir de généreuses actions !

Ainsi, selon Ponsonby, on racontait que trente ou trente-cinq soldats allemands étaient entrés dans la maison de David Tordens, charretier à Zemst (Belgique). Ils ligotèrent l’homme et immédiatement cinq ou six d’entre eux se jetèrent, sous ses yeux, sur sa fille de treize ans pour l’agresser. Après cet acte horrible, ils criblèrent à coups de baïonnettes son fils de neuf ans et fusillèrent sa femme. L’homme eut la vie sauve grâce à l’arrivée de soldats belges. On affirmait en outre qu’ à Zemst, toutes les jeunes filles avaient été violées.

Toutefois, le secrétaire communal Paul Van Boekpoort, le bourgmestre Peter Van Asbroek et son fils Louis Van Asbroek déclarèrent, dans une déposition sous serment faite à Zemst le 4 avril 1915, que le nom de David Tordens, charretier, leur était inconnu, qu’aucune personne de ce nom n’avait jamais demeuré à Zemst avant la guerre et que nul dans le village ne connaissait de David Tordens. Ils affirmèrent en outre que, durant la guerre, aucune jeune fille âgée de moins de quatorze ans, ni aucun enfant ne fut assassiné à Zemst et que, si un tel fait s’était produit, ils en auraient assurément eu connaissance.

Un autre récit fut également publié selon lequel, à Ternat, dix Allemands avaient rencontré un petit garçon et lui avaient demandé des indications sur la route à suivre. Celui-ci ne les comprenant pas, ils lui auraient coupé les mains. La déclaration faite par le bourgmestre de Ternat au docteur Poodt le 15 février 1915 affirmait : « Je déclare que, dans ce récit, il n’y a pas une seule parole vraie. Je suis à Ternat depuis le début de la guerre et il est impossible qu’un fait semblable se soit produit sans qu’il puisse m’avoir été rapporté ; c’est une pure invention. »

Le capitaine F.W. Wilson, autrefois rédacteur du Sunday Times, raconta comment il avait élaboré une de ces histoires. Son rapport fut publié dans le New York Times (et reproduit par le Crusader du 24 février 1922) :

Il se trouvait à Bruxelles quand la guerre éclata : “On me télégraphia pour que je rapporte des récits d’atrocités. Or, il n’y en avait aucune à ce moment-là. Alors, on me télégraphia pour me demander des histoires sur le thème des réfugiés. Je me suis dit : ‘Bien, je n’aurai pas besoin de me déplacer’. Il y avait une petite ville près de Bruxelles où l’on mangeait très bien. J’appris que les Huns y étaient. Je supposai qu’il devait bien y avoir eu là un enfant et alors j’écrivis une histoire mélodramatique sur un enfant de Korbeek-Loo arraché aux Huns qui venaient de bouter le feu à sa maison.

Le jour suivant, on me télégraphia pour que j’envoie l’enfant parce qu’on avait reçu cinq mille lettres de personnes proposant d’adopter l’orphelin. Le jour qui suivit, la rédaction du journal fut submergée de vêtements d’enfant. Même la Reine Alexandra avait envoyé un télégramme de sympathie et quelques vêtements. Je ne pouvais dès lors plus avouer que l’enfant n’existait pas. Je finis par me mettre d’accord avec le médecin qui soignait les réfugiés pour dire que cet enfant était mort à cause d’une maladie contagieuse et que c’est pour cette raison qu’on ne procéda pas à des funérailles publiques. C’est alors que Lady Northcliffe[12] se chargea de remettre à une œuvre de bienfaisance tous les vêtements que le gamin avait reçus[13]. »

Les Allemands, par ailleurs, avaient crucifié un soldat canadien. L’histoire faisait le tour de toute la presse canadienne et des membres du Parlement la citèrent, en Grande-Bretagne, dans leurs discours publics. M. Tenant, à la Chambre des Communes, le 19 mai 1915 répondit :

 

« Les autorités militaires françaises ont donné des instructions permanentes de sorte que leur soient signalés les détails de chaque cas jusqu’alors constaté d’atrocités commises par les Allemands contre nos troupes. Elles n’ont toujours reçu aucune information permettant de répondre à l’honorable Membre, toutefois, conséquemment à l’information contenue dans cette question, a été ouverte une enquête actuellement toujours en cours. »

L’authenticité du fait fut reconnue par le général March, à Washington mais en mai 1919, le cas fut résolu à la suite de la publication dans La Nation (12 avril) d’une lettre d’un certain monsieur E. Loader du Second Régiment Royal West Kent, lequel avait déclaré avoir vu le Canadien crucifié. Ensuite, La Nation fut informée par le capitaine E.N. Benet que personne du nom de Loader ne figurait dans les registres des effectifs de la Royal West Kent et qu’en outre le Second Régiment était resté en Inde tout au long de la guerre !

Si nous pouvons facilement imaginer les atrocités attribuées à nos ennemis durant la Première Guerre mondiale, il est en revanche plus difficile de se représenter comment nos adversaires eux aussi décrivirent nos soldats comme des bêtes féroces assoiffées de sang.

Les Alliés de la Première Guerre mondiale étaient, bien sûr, aussi capables de frapper un ennemi désarmé. Les troupes allemandes de la Première Guerre mondiale se sont rendues coupables d’un bon nombre d’atrocités, mais les massacres de civils belges par les troupes allemandes eurent leur lot de correspondances du côté allié. Divers ouvrages – dont certains très sérieux – furent publiés en Allemagne et en Autriche pour dénoncer les crimes de guerre des Alliés[14]. Un tract de propagande, lancé dans les premiers jours d’août 1916 par des aviateurs allemands sur le quartier général français[15], dénonçait le bombardement de la part de l’aviation française de civils bien loin du front, à Karlsruhe, Mullhein, Fribourg, Kandern, Holzen et Mappach. Le tract condamnait ces attaques barbares qui avaient causé la mort de femmes et d’enfants, loin des objectifs militaires. En effet, les bombes alliées ne tombaient pas uniquement sur les casernes et les gares comme l’annonçaient quotidiennement les journaux français. Le bombardement allié de Karlsruhe du 16 juin 1916, par exemple, avait ôté la vie à 26 femmes et 124 enfants qui suivaient la procession du dimanche du Corpus Domini.

Miss Cavell et Gabrielle Petit, héroïnes belges fusillées par les Allemands en tant qu’espionnes, eurent leurs homologues, comme une paysanne des environs de Valmy (France), condamnée à mort par le Conseil de guerre français pour avoir donné refuge à des fugitifs allemands et les avoir laissés s’enfuir[16]. Des soldats français assignés à la garde des prisonniers allemands témoigneront des coups de bâton et de nerf de bœuf et des privations de nourriture infligés « sous l’œil bienveillant du commandant du camp à des troupes d’Allemands en bien piètre état, pleins de poux et affamés[17] ». Un officier français de cavalerie, du nom  de Gouttenoire de Toury, accusa formellement le général français Martin de Bouillon, commandant de la treizième division d’infanterie, d’avoir donné l’ordre, à la veille des attaques du 25 septembre 1915 en Artois, de tuer des Allemands faits prisonniers. L’officier médecin Koechlin révéla que le même ordre avait été donné, le même jour, dans la zone de Champagne et que le 15e régiment colonial avait mis un zèle particulier à son exécution en parvenant à exterminer complètement un poste de secours allemand avec ses blessés, infirmiers et médecins.

Comme toutes les armées du monde, les armées alliées de la Première Guerre mondiale portaient sur leurs épaules un lourd passé. Les Britanniques, précédemment, s’étaient souvent « fait la main » pour ce type d’opérations. Ils avaient incendié Washington, sans motif, en 1812 et avaient commis bon nombre d’atrocités en Irlande et en Inde. Sans doute, les Allemands avaient-ils exterminé les Hereros en Namibie, toutefois, à l’époque de la guerre en Afrique du Sud, c’étaient les Britanniques qui avaient détruit systématiquement les fermes des Boers et avaient inventé pour eux les premiers « camps de concentration » [18]. Les Russes s’étaient déchaînés, en 1830 et 1863, contre les Polonais et le feront encore durant la Première Guerre mondiale ; ils firent sévèrement souffrir les Lituaniens, Lettons et Polonais qui étaient à la traîne durant la retraite. En Prusse orientale, les Russes détruisirent plus de trente mille habitations en un mois d’invasion (à titre comparatif, durant les quatre années de l’occupation allemande de la Belgique, ce sont quinze mille maisons qui furent détruites). Les Américains s’étaient distingués dans le génocide des Indiens. Les Belges n’avaient pas été tendres au Congo. Quant aux Français, les guerres napoléoniennes et la répression de la Commune de Paris furent des « modèles » d’atrocités difficiles à surpasser à l’époque.

Croire, par conséquent, que durant la Première Guerre mondiale, s’affrontaient bandits d’une part et nobles chevaliers de l’autre est une thèse relevant d’une ingénuité, cependant construite avec efficacité par la propagande. Les violences, de part et d’autre, furent certainement plus ou moins cruelles voire disproportionnées selon les circonstances, les moyens, la discipline ou les ordres impartis, mais la propagande de guerre devait pousser à croire qu’elles avaient exclusivement été commises par l’ennemi. Notre comportement chevaleresque connut, quant à lui, à peine quelques « bavures » commises par erreur ou inadvertance. En revanche, la déviance criminelle devint le symbole même de la seule armée ennemie.

La propagande construit l’ennemi comme celui qui commet systématiquement et volontairement des atrocités. La guerre est ainsi présentée comme un conflit entre la civilisation et la barbarie.

 

L’ennemi use d’armes illégales

Dans la construction de l’imaginaire concernant l’ennemi quelques éléments doivent intervenir pour expliquer comment il lui a été quelques fois possible de remporter l’une ou l’autre victoire. Si, nous, nous faisons la guerre de façon chevaleresque – comme s’il s’agissait d’un jeu assurément dur, mais viril – en respectant les règles, l’ennemi, lui, agit différemment en refusant au contraire de les accepter.

Ce sera l’argument utilisé pour expliquer la raison de nos échecs : l’ennemi use d’armes et de moyens illégaux. Durant la Première Guerre mondiale, il y eut une âpre polémique sur l’utilisation du gaz asphyxiant. Chaque partie accusait l’autre d’avoir commencé à l’employer. Il semble avéré que ce sont les Allemands qui, les premiers, en maîtrisèrent la fabrication et l’utilisation. Les Alliés, toutefois, manifesteront une indignation un peu hypocrite, étant donné qu’eux-mêmes étaient en train de conduire des recherches dans le même but. L’usage de gaz asphyxiant était-il vraiment « barbare » ou inhumain ? Le destin des victimes d’autres armes n’était pas, sans doute, plus enviable à celui des soldats gazés, néanmoins les gaz restent, jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le symbole d’une guerre « inhumaine ».

Les Allemands en outre étaient passés maîtres – à l’inverse des Alliés – dans l’art de l’utilisation militaire des sous-marins, lesquels furent également considérés comme le prototype d’une arme « malhonnête ». Le torpillage du Lusitania, en particulier, fut exploité et présenté par la propagande alliée comme un acte de barbarie et de piraterie. Le 7 mai 1915, une torpille lancée par un sous-marin allemand avait fait couler à pic le navire américain, causant ainsi la mort de 1200 passagers civils. Mais le Lusitania était en réalité un arsenal ambulant, ses soutes débordaient de munitions et ses innocents passagers avaient servi, sans le savoir, d’alibi à ce transport au sujet duquel, en revanche, l’Allemagne avait été bien informée. Ils avaient été utilisés par les Alliés, pour employer un terme plus actuel, comme des « boucliers humains » lors d’un transport d’armes.

Cette tragédie, comme les gaz asphyxiants, continua à faire couler beaucoup d’encre, même après la guerre et, en 1922, fut signé à Washington un traité restreignant l’usage de ces deux armes par lesquelles l’armée allemande s’était distinguée[19].

 

Les pertes de nos ennemis sont importantes

La construction de l’image de l’ennemi doit le présenter, dès le début de la guerre, comme le vaincu. La propagande doit donc affirmer que nos propres pertes sont très réduites mais gonfler celles de l’adversaire, montrer publiquement les prisonniers ennemis[20], mais taire le fait que nos propres combattants peuvent également être détenus par l’ennemi.

La guerre de 14-18 fut déjà une guerre de communication ou, parfois, d’absence de communication. Ainsi, à peine un mois après le début des opérations, les pertes françaises avoisinaient les 313.000 morts, mais l’État-major français n’admit rien, pas même la mort d’un cheval, et ne publia jamais, au contraire des Anglais et des Allemands, une liste nominative des morts. Sans doute cherchait-il à ne pas entamer le moral des troupes et du pays, sachant que l’annonce de cette hécatombe aurait pu conduire à demander une paix honorable plutôt que la poursuite des hostilités.

La presse française exploitait les pertes allemandes, mais ne parlait pas des siennes. Le 22 avril 1917 (après une opération offensive pour percer les lignes allemandes, au cours de laquelle les pertes françaises avaient atteint en un minimum d’heures plus de 100.000 morts et blessés), alors que le député français Raffin-Dugens voulut demander au gouvernement l’importance des pertes françaises, la Chambre lui ôta la parole avant qu’il puisse terminer sa phrase [21].

Même l’issue des batailles semble favorable à l’un ou à l’autre des adversaires, selon que l’on consulte les fonds français ou allemands. De cette manière, Verdun fut présenté comme une grande victoire par chacun des antagonistes. Les Allemands considéreront que ce fut un succès par le grand nombre de soldats français faits prisonniers et par la quantité importante de matériel de guerre français dont ils s’étaient emparés. Le Kronprinz décora les vainqueurs allemands de Verdun. De même, les Français revendiquaient Verdun comme une de leurs victoires et le Petit Larousse, dans l’entre-deux-guerres, disait de cette bataille :

 

« En 1916, pendant dix mois, les Français y repoussèrent toutes les attaques des Allemands, qu’ils décimèrent, et leur résistance au cours des batailles défensive et offensive de Verdun émerveilla l’univers [sic]. »

Quant aux Français et aux Alliés vaincus, ils furent purement et simplement passés sous silence. Ainsi pour la Première Guerre mondiale, on ne parle jamais de la bataille de Charleroi, de la prise de Maubeuge, de la grande offensive de 1917 et encore moins de la bataille de Tannenberg d’août 1914. Selon les experts, cette victoire allemande sur les Russes fut une des batailles les plus extraordinaires de tous les temps. Le succès allemand fut tel qu’il repoussa les Russes hors d’Allemagne pour tout le restant de la guerre. Malgré cela, la presse française ignora l’existence de la bataille et feignit longtemps d’attendre l’arrivée des cosaques à Berlin[22].

Ainsi ne parlait-on pas des victoires de l’ennemi mais on continuait à le considérer comme déjà vaincu.

 

L’ennemi ne respecte pas la religion

Pour finir, il faut donner à notre cause un caractère sacré pour la présenter comme une croisade à laquelle on ne peut se soustraire. L’importance donnée à l’argument religieux est souvent utilisée dans la propagande de guerre. Les belligérants sont accompagnés de l’aide de Dieu, comme le rappellent dans les formules : « Gott mit uns », « In God we trust » ou « God save the king ».

A contrario, l’ennemi doit être représenté comme un mécréant, sans respect pour la religion. La propagande allemande de la Première Guerre mondiale donne à voir des officiers allemands qui visitent des églises après s’être découvert la tête avec respect. En revanche, la même propagande montre les églises détruites par les Alliés français ou russes. Avec un parallélisme absolu, la propagande française a publié un petit volume de photographies d’églises détruites par l’armée allemande[23] et un tableau d’Ernest Wante[24] représente un prêtre qui pleure agenouillé devant son église détruite par les Allemands. Dans les deux cas, l’ennemi est donc un saccageur d’églises, un mécréant.

Ce trait s’ajoute aux précédents pour construire une image épouvantable de l’ennemi : belliqueux, sadique, hors la loi et déjà vaincu. Cet ennemi est donc un être si inférieur que tout est permis à son égard. Il a perdu tous les traits du genre humain et doit être éliminé comme un animal. Ainsi, toutes les conditions sont réunies pour libérer l’esprit des combattants de leurs scrupules à abattre ou à torturer d’autres êtres humains. Une mentalité préparée avec des arguments encore utilisés par la propagande de guerre actuelle, mais qui furent expérimentés avec succès par la propagande de la Grande Guerre.

 

Anne Morelli (ULB)

 


[1] Arthur Ponsonby, Falsehood in War-Time, Allen and Unwin, Londres, 1928.

[2] Anne Morelli, Principes élémentaires de propagande de guerre, Bruxelles, Labor, 2001. Plusieurs éditions ont suivi, en français mais aussi néerlandais, espagnol, italien, allemand, portugais, japonais…

[3] 1 – Nous ne voulons pas la guerre ; 2 – Le camp adverse est seul responsable de la guerre ; 3 – L’ennemi a les trait du diable ou du « méchant de service » ; 4 - C’est une cause noble que nous défendons et non des intérêts particuliers ; 5 – L’ennemi provoque intentionnellement des atrocités ; nous ne pouvons commettre que des « bavures » involontaires ; 6 – L’ennemi use d’armes illégales ; 7 – Les pertes de l’ennemi sont importantes, les nôtres sont faibles; 8 – Les artistes et les intellectuels sont acquis à notre cause ; 9 – Notre cause a un caractère sacré ; 10 – Ceux qui mettent en doute la propagande sont des traitres.

[4] Le Matin, 1er août 1914.

[5] Voir John Horn, « Les mains coupées : atrocités allemandes et opinion française en 1914 », in Jean-Jacques Becker et al. (éds.), Guerre et cultures, 1914-1918, Paris, Armand Collin, 1994, pp. 133-146 et, dans le même ouvrage, la contribution d’Alan Kramer, « Les atrocités allemandes : mythologie populaire, propagande et manipulations dans l’armée allemande ».

[6] Tragedy of Lord Kitchner, (vers 1920), cité par Georges Demartial, La guerre de 1914. Comment on mobilisa les consciences, UDC, Editions des Cahiers Internationaux, Rome-Paris-Genève, 1922, p. 58.

[7] Suzanne Tassier, La Belgique et l’entrée en guerre des États-Unis, 1914-1917, La Renaissance du Livre, Bruxelles, 1951.

[8] Commission pour le secours à la Belgique.

[9] Il s’agissait de charger de farine et de lait concentré un bateau qu’une affiche de propagande représentait, dans l’attente de son arrivée, par une foule de petits enfants belges. Sur une autre affiche, on pouvait voir une petite fille traînée par un soldat allemand coiffé d’un casque à pointe… le slogan en était : « Pour le quatrième emprunt de guerre américain ! »

[10] Francesco Saverio NITTI, Scritti politici, vol. 4, Rivelazioni, Bari, 1963.

[11] Voir, par exemple, le Journal du 10 septembre 1914 qui réunit en un seul récit quasiment tous ces lieux communs. Le soldat allemand, à la fin, s’éloigne en buvant le lait des biberons des nouveaux-nés qu’il venait d’égorger sous les éclats de rire de ses camarades.

[12] Lady Northcliffe était la femme d’Alfred Northcliffe (1865-1922), un journaliste, fondateur du Daily Mirror et devenu directeur de la propagande anglaise durant la Première Guerre mondiale.

[13] Arthur PONSONBY, op. cit.

[14] George DEMARTIAL cite un recueil de témoignages publiés en 1915 par le ministre autrichien des Affaires étrangères, un ouvrage du major Stupnagel, un Livre Noir publié par l’Association Richard Wagner pour l’Allemagne du Nord.

[15] Le tract est reproduit en fac-similé dans l’ouvrage de R. BOUCARD, Les secrets du G.Q.G. (Grand Quartier Général), les Editions de France, Paris, 1936, p. 172.

[16] Une certaine madame Weber signalée dans Le Matin du 15 octobre 1914.

[17] La Vague, 18 novembre 1920.

[18]Plus de vingt mille femmes et enfants moururent dans ces camps où la mortalité sera supérieure à 50%.

[19] « Traité du 6 février 1922 relatif à l’emploi des sous-marins et des gaz asphyxiants en temps de guerre », texte reproduit dans Louis Le Fur et Georges Chklaver, Recueil de textes de droit international public, Paris, 1934, p. 711 et suiv.

[20] Miroir, 24 octobre 1915.

[21] Cité par Georges DEMARTIAL, op. cit., p. 139.

[22] Texte de Maurice Barrès en date du 8 septembre 1914, cité par Georges DEMARTIAL, op. cit., p. 139.

[23] Les églises martyres – œuvre de la « Kultur » allemande – , cartes postales détachables, s.l., s.d.

[24] Peintre belge (1872-1960), spécialisé dans les fresques historiques, patriotiques et religieuses.