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Attentats de Bruxelles, que dit et propose l'extrême droite ?

Par Manuel Abramowicz, membre de la rédaction de RésistanceS.be

 

Maelbeek metro entrance after March 2016 Brussels attacks 2016 03 24 4Contre le terrorisme, les partis et mouvements extrémistes de droite revendiquent des mesures radicales : tribunal et prison militaires, peine de mort pour les terroristes arrêtés, expulsions des familles de ceux-ci dans leur pays d'origine, poursuite judiciaire pour trahison des politiciens jugés responsables du laxisme ayant permis les attentats de Bruxelles... L'extrême droite n'a pourtant pas de leçon à donner en matière de terrorisme. L'extrémisme islamiste et l'extrémisme fasciste sont les deux faces de la même pièce. Tour d’horizon.

Dès les premières minutes après les deux attentats perpétrés à Bruxelles, à l'aéroport international de Zaventem puis à la station de métro Maelbeek par un commando belge de l'Organisation de l'État islamique (EI ou Daesh) – 31 morts et plus de 300 blessés répertoriés à la date de ce 24 mars –, des partis et des mouvements d'extrême droite se sont manifestés pour tenter d'en récupérer un bénéfice politique. Comme des vautours. Une habitude.

 

L'extrême droite belge

Ayant eu lieu sur le sol national, que dit précisément notre extrême droite locale de ces horribles attentats ? Quelles interprétations formule-t-elle pour en expliquer les raisons ? Pour mettre fin au terrorisme, l'extrême droite revendique, comme tout le monde, plus de sécurité. Mais avec quels moyens en particulier ? En appliquant quels types de mesures ? Pour le savoir, le journal d'investigation RésistanceS.be a consulté les médias d'informations des partis, des organisations et des groupuscules nationalistes, identitaires, solidaristes et néofascistes de Belgique. Voici le résultat, non-exhaustif, de notre tour d'horizon de la fachosphère.

Environ vingt-quatre heures après les attentats de mardi, une importante délégation du Vlaams Belang (VB) s'est rendue à quelques mètres de la station de métro Maelbeek. Elle y a fait une minute de silence, après avoir déposé une gigantesque couronne funéraire au nom du VB. Son très jeune président, bon chic bon genre, Tom Van Grieken, en a profité pour dénoncer « le laxisme du gouvernement fédéral, dont les membres avaient auparavant critiqué la politique du PS », lorsque celui-ci était au pouvoir. Contre le terrorisme, le parti d'extrême droite flamand demande l'abrogation de la loi Lejeune qui permet la libération anticipée de criminels.

Pour le Vlaamse Solidaire Vakbond (VSV), la structure pseudo syndicale mise en place par le VB il y a maintenant cinq ans, le terrorisme est une des « conséquences néfastes de la politique des autorités européennes ». Le VSV estime que pour vaincre ce fléau, « il est grand temps de faire le ménage à Molenbeek et de fermer les frontières ». Des mesures préconisées, pour la première, par Jan Jambon, le ministre fédéral N-VA de l'Intérieur, pour la seconde, par Marine Le Pen.

 

Terrorisme islamique et laxisme politique

Marco Santi, le président de Démocratie Nationale (DN), un des pseudopodes du Front national belge, écrit sur son compte Facebook que les attentats de mardi « renforcent encore notre détermination à combattre tous ceux qui attaquent nos libertés, notre culture, nos valeurs démocratiques, mais également les politiciens belges qui, à cause de leur laxisme depuis des décennies, ont permis le développement de ces cellules terroristes et favorisé l'islamisation de la Belgique et de l'Europe ».

Le lendemain des attentats, le groupuscule Génération Identitaire Wallonie, apparue dans la région liégeoise en janvier 2015, va relayer l'appel « Tous unis contre la haine islamiste », déjà lancé en France par l'organisation de jeunesse du Bloc identitaire, un mouvement d'extrême droite préférant au nationalisme français du FN lepéniste une « Europe des régions », sur une base ethnique (raciale). Pour les identitaires wallons, il est impératif de faire « face à la haine de nos ennemis ». Ils estiment encore que pour faire « face aux tueries qui se multiplient », l'union est nécessaire « pour sauver l'Europe et les Européens ».

L'un des anciens secrétaires généraux du FN belge, aujourd'hui membre de la direction bruxelloise du Vlaams Belang, Patrick Sessler, sur une image postée sur son compte Facebook, reprenant les photos des anciens ministres de la justice socialistes Philippe Moureaux (au début des années quatre-vingt), Laurette Onkelinx (plus récemment) et l'ex-ministre de l'Intérieur CdH Joëlle Milquet, écrit : « Voilà les coupables ! À quand un procès pour haute trahison ? ».

Les « autres responsables » de ces actions terroristes sont facilement identifiables, selon le mouvement « national-solidariste » Nation. Une liste est ainsi proposée, dans un de ses énièmes communiqués de presse, jamais repris par ailleurs par les médias : « les politiciens de tous les partis, les nombreuses associations qui n'ont cessé d'essayer de distraire l'opinion publique en criant au ''danger d'extrême-droite'' et les magistrats qui ont sans cesse utilisé des ressources policières pour surveiller et réprimer les patriotes. » 

 

Mesures antiterroristes sionistes

L'Alternative nouvelle solidariste (Nieuwe-solidaristische alternatief, N-SA), un minuscule groupe d'action nationaliste néerlandophone, implanté à Anvers et à Bruges, conduit par Eddy Hermy, membre dans les années 70 et 80 de la direction du Vlaamse militanten orde (VMO), une milice privée néonazie, exige que soit appliquée la peine de mort pour les terroristes. La N-SA plaide pour que « les terroristes détenus soient transférés dans des prisons militaires et condamnés par des tribunaux militaires. ». « C'est la loi militaire qui devrait être d'application contre eux », écrit Eddy Hermy, ce mercredi sur le site de son groupuscule. Mais que faire des familles des terroristes ? La solution est simple pour le chef de la N-SA : « Nous exigeons également que tous les membres de la famille des terroristes tués soient rapatriés dans leur pays d'origine, avec la confiscation de tous leurs biens et avoirs, meubles et immeubles. Ceci devrait servir comme moyen de dissuasion à d'autres terroristes. Une mesure bien plus efficace que tout programme de déradicalisation proposé par les autorités politiques ». Connue pour ses positions radicalement antisionistes et propalestiniennes, la N-SA s'inspire ici pourtant d'une mesure en vigueur en Israël. Outre une référence paradoxale, cette mesure répressive israélienne n'a pas pour autant mis fin au terrorisme.

Pour faire face à la menace terroriste, un responsable de la mouvance national-catholique proche du mouvement Nation, Arnaud Palmaers, trois heures après le second attentat, sur Facebook, avait lancé pour sa part un appel à la création d'« un grand mouvement de résistance à l'islamisation et à la décadence en Belgique, une nécessité de plus en plus pressante ». Pour mener ce nouveau combat, ce « fou de dieu » chrétien se réfère à ‎Godefroy de Bouillon, l'un des chefs des croisades chrétiennes de jadis contre les armées musulmanes. Une figure historique récupérée, depuis longtemps déjà, par l'extrême droite.

 

Manifestation contre la « terreur musulmane »

L'option militariste contre les terroristes est encore préconisée par l'Alliance nationaliste wallonne (ANW). Une heure après le massacre commis dans le métro bruxellois, cette petite formation d'ultra droite, active dans les provinces de Liège et du Luxembourg et qui négocie actuellement une fusion avec le FN belge, publie sur sa page Facebook le message d'un de ses responsables : « Citoyens !! L'heure est grave !! Nous sommes en situation semblable à la guerre à cause du laxisme de nos gouvernements. Préparons-nous et levons-nous tous ensemble pour que cela n'arrive plus et osons aller nous même au combat !!! ». Dans son profil de présentation personnelle, l'auteur de ces lignes belliqueuses informe qu'il a travaillé dans l'Armée belge.

AM77 p.6 7 AbramowiczNe s'agit-il ici que de mots ? De formules à l'emporte-pièce ? Le passage de l'extrême droite à l'action contre le terrorisme islamiste s’est déroulé le 23 avril à Anvers. À cette date, suite aux attentats de Daesh à Bruxelles, la branche flamande des Patriotes européens contre l'islamisation de l'Occident (Pegida Vlaanderen) programmait une « marche contre la terreur musulmane ». Le 16 avril, la N-SA, invitait ses militants et sympathisants à un rassemblement devant la prison de Bruges où étaient emprisonnés les terroristes de Daesh, Salah Abdeslam et Mehdi Nemmouche.

 

L'extrême droite, l'autre face de la violence

Comme il a été constaté, dans notre tour d'horizon de la galaxie facho belge, ses membres les plus représentatifs ont des solutions immédiates à proposer pour mettre fin au cancer du terrorisme qui ravage notre société. Mais l'extrême droite est-elle la mieux placée pour lutter contre la terreur ?

L'histoire et l'actualité l'enseignent : le terrorisme est également une arme utilisée par des groupes d'extrême droite. Des attentats meurtriers commis par l'OAS (plus de 2.200 morts et 5.000 blessés) lors de la guerre d'Algérie au début des années 60 aux massacres de masse commis en juillet 2011 par l'islamophobe Anders Breivik (77 jeunes norvégiens assassinés), en passant par la bombe qui ravagea la gare de Bologne en 1980 (85 morts), les tueries du Brabant (officiellement 28 tués), l'attentat d'Oklahoma city (168 morts et 680 blessés)... 

De plus, l'extrémisme islamiste de Daesh a besoin de l'extrémisme de la droite radicale pour alimenter une atmosphère antimusulmane. Le racisme et l’islamophobie sont bénéfiques aux intégristes musulmans comme arguments de recrutement de nouveaux disciples à leurs thèses conspirationnistes. De part et d'autre, plus les tensions persisteront et la violence se déploiera, plus les extrémistes des deux bords verront les rangs de leurs combattants et de leurs électeurs augmenter. L'extrémisme islamiste et l'extrémisme fasciste sont les deux faces de la même pièce.

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