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Violence (Mots)

Par Henri Deleersnijder

L'affaire fut expédiée en quelques minutes chrono, à l'image du turbo-capitalisme qui prévaut aujourd'hui. Après la fermeture de Renault Vilvorde et des Forges de Clabecq en 1997, de la Sabena en 2001, de Volkswagen Forest en 2006, d'Opel Anvers en 2010, de Ford Genk en 2012, de Duferco La Louvière en 2013, sans parler des importantes pertes d'emplois à Arcelor Mittal Liège en 2011 et 2013, c'est au tour de Caterpillar Gosselies d'être, le 2 septembre 2016, frappé du même sort. Nouvelle annoncée aux représentants du personnel par un directeur financier venu spécialement des États-Unis et dont la tâche, au cynisme managérial, aurait pu être remplie par un robot spécialement programmé à cette fin. La prochaine fois... ?

L'incident ne prit pas beaucoup plus de minutes lorsque, le 5 octobre 2015, le directeur des ressources humaines d'Air France avait été molesté par des employés de la compagnie en colère, après l'annonce d'une restructuration qui menaçait près de 3.000 emplois. L'image de la chemise arrachée de ce cadre pris à partie a franchi les frontières de l'Hexagone et plusieurs membres de cette manifestation ont été poursuivis pour «  dégradations » et « violences en réunion ».

Quoi de commun entre ces deux événements ? Le recours à la force, bien sûr, de nature économique pour le premier, de caractère physique pour le second. Sauf que, dans le cas de celui-ci, l'atteinte – inacceptable, certes – commise à l'égard d'une personne a été poursuivie par la justice, tandis que la multinationale qui a jeté dans la précarité, sans ménagement aucun, plus de 2.000 travailleurs qui avaient précédemment consenti des sacrifices pour elle n'a pas été assignée par le pouvoir judiciaire. Même les forces de l’ordre, si promptes à endiguer les débordements de défilés syndicaux ne se sont pas déplacées pour empêcher cette brutale attaque contre l'emploi. Deux poids deux mesures donc.

Elle n'est pas si lointaine l'époque où, à condition de ne pas avoir la mémoire courte, Dom Hélder Câmara, évêque brésilien opposé à la dictature des généraux (1964-1985) et proche de la « théologie de la libération », estimait qu'il existait trois sortes de violence : « La première, mère de toutes les autres, est la violence institutionnelle, celle qui légalise et perpétue les dominations, les oppressions et les exploitations, celle qui écrase et lamine des millions d'hommes dans ses rouages silencieux et bien huilés. La seconde est la violence révolutionnaire, qui naît de la volonté d'abolir la première. La troisième est la violence répressive qui a pour objet d'étouffer la seconde en se faisant l'auxiliaire et la complice de la première violence, celle qui engendre toutes les autres. Il n'y a pas de pire hypocrisie de n'appeler violence que la seconde, en feignant d'oublier la première, qui la fait naître, et la troisième qui la tue. »

Les temps ont changé, dira-t-on. On ne serait plus dans ces schémas idéologiques d'un autre âge. Place à la modernité, que diable !, et à l'attelage mondialisation-dérégulation-ubérisation. Résultat, ça licencie facile de nos jours : suffit d'y ajouter un brin de compassion – vite passé – et de s'abriter à l'ombre de l'implacable loi du marché, main invisible en malus. Puisqu'il n'y aurait pas d'alternative (cf. Margaret Thatcher and Co...).

Faudra-t-il en revenir à des actes de force brutale, comme furent ceux du luddisme en Angleterre au XIXe siècle, pour que les puissances financières et économiques lâchent quelque peu l'étreinte sur nos sociétés ? Pas souhaitable, bien sûr, d'autant que les exactions de casseurs incontrôlés, répercutées goulûment par les médias, sont toujours contre-productives. N'empêche que, le 18 mars 1886, c'est à la suite de la manifestation organisée à Liège par un groupe anarchiste pour commémorer le quinzième anniversaire de la proclamation de la Commune de Paris en 1871 – suivie d'autres émeutes ouvrières dans le Hainaut – qu'une Commission du travail sera instituée par la bourgeoisie censitaire au pouvoir : ce sera le prélude du vote de lois sociales au Parlement. Décidément, l'Histoire a de ces ruses, et il y a violence et violence...

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