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Septembre 1942 : Le tiroir

par : Adolphe Nysenholc


Je ne connais pas mon nom. Je porte celui d’un autre. Je ne suis pas moi.

Si je tuais quelqu’un, c’est celui à qui appartient le nom qui serait accusé. M’arrêter serait une erreur judiciaire. Je pourrais dire : Ce n’est pas moi.

 

Les yeux de Moshé

par : Anna  Stelkowicz


Ils me l’avaient dit et répété : « Si des méchants arrivent à la maison, tu sors vite dans la cour et tu te caches dans la niche à chien, tu te cales bien au fond pour qu’on ne te voie pas. Et surtout,  ne  pas crier, ne pas pleurer.  Surtout. »
Maman avait ajouté : « Ne pas se montrer, ne pas appeler. Se terrer et se taire. » 
Papa avait expliqué : « N’aie pas peur… Si ça arrive que nous devions partir…  pour un certain temps, une dame viendra te chercher, celle qui est venue chercher ton petit frère. En attendant, la voisine  s’occupera de toi, madame Josette est une gentille personne » et il avait  prononcé d’un ton convaincu : « Je suis certain que tu seras sage, tu es une petite fille raisonnable. »  Raisonnable,  ça signifiait que j’avais raison de ne pas m’inquiéter. Il était formidable, mon papa, il faisait confiance à sa petite fille de 6 ans.
La peur, avant de l’entendre de la bouche de mon papa, je ne savais pas que ça pouvait exister une frayeur aussi affolante. On ne devrait jamais nommer les choses désagréables, pour ne pas avoir à les connaître.

 

Comme chaque matin

par : Aurélie Gretry


Comme chaque matin, je prends le bus.

Là, tout près de chez moi, à quelques minutes à peine.

Au centre de la cité, il y a une place immense, imposante, aérienne.

Elle symbolise, pour le peuple, le berceau de la principauté.

Des piliers en fer figurent les contours de l'ancienne cathédrale qui s’y tenait, droite et

majestueuse, il y a des siècles.

 

Rouge Sambre

par : Barbara Mazuin


Il est loin, le temps où les bateliers regardaient le meunier de Grogneaux de travers ! La
navigation sur la Sambre se faisait alors par « bonds d’eau », la progression étant impossible
sans les réserves accumulées en amont des barrages : L’ouverture d’une vanne, pendant deux
heures environ, portait les bateaux jusqu’à la prochaine écluse.

 

Dessous le feuillage

par : Cécile Hainaut


Dessous le feuillage de mes chênes, je vous écris, cher Moshe, bien que l’orage approche et que la nuit soit sur le point de tomber.

 

Acheminement

par : Céline Pirard


Dans ma couchette, j’ai trouvé ce petit carnet et un crayon minuscule, coincé entre le sommier et les pieds du lit. Ce carnet étant vierge, je ne sais pas pourquoi, je décide d’y noter tous les jours mes pensées, d’en faire mon journal. J’ai l’intime conviction qu’il est là pour ça, que c’est un cadeau du ciel fait pour moi, pour m’aider à survivre.

 

Passage Par le four

par : Claire Pahaut


Sur la haute rive de la Desna

C’est au cours de tant de longues nuits sans sommeil que me sont revenus en mémoire, tous ces événements qui semblaient passés et oubliés depuis longtemps. Ils hantent mon esprit : frayeurs, effrois, joies et chances éparses, instants de bonheur éphémères. A travers la densité des années gaspillées, le passé se perçoit avec précision et clarté mais à une certaine distance, comme si tout cela ne m’était pas arrivé, comme si je me voyais d’un autre côté.

 

L'enfant et le soldat

par : Claudine Stein


Sarah frissonne sur le quai de la gare du Nord. Ses yeux scrutent le tableau électronique qui affiche 10 minutes de retard pour le train de Luxembourg. La vieille dame est contrariée : l’homme qui l’attend là-bas lui est inconnu et elle n’a pas son numéro de portable. Que va-t-il penser de son retard ? Le convoi arrive enfin, se range le long du quai dans un glissement strident.

 

Hannah

par : Clément Terrien 


Il faisait un temps exécrable ce jour-là. Depuis la veille d'ailleurs. Des nuages gris déversaient un crachin dru et glacé annonciateur d'une journée cafardeuse. Aussi, en avais-je profité pour m'atteler à cette tâche fastidieuse qu'on reporte toujours à plus tard : ranger l'armoire fourre-tout. Celle où on accumule tout "ce qui pourrait encore servir" et qu'en fin de compte on n'utilisera jamais.

 

Voici mon histoire...

par : Cynthia Vanherck


Je m'appelle Coralie Pierstein et je suis une rescapée du camp de concentration de Sobibor. Voici

mon histoire...

 

Maladresse

par : Daniel Lallouet


Menaçant, le visage défiguré, ses pommettes vidées de leur sang, son doigt gelé chercha la détente, heurta le pontet de protection et se logea au creux de l’ergot d’acier. Seule une petite rigole d’eau raviné animait le fond de la tranchée béante. En bordure, plusieurs corps gisaient comme des oisillons inertes et nus accrochés aux branches de leur nid.

 

La théorie du vainqueur

par : David Linotte


- Nous sommes le 21 mars 2134 et vous regardez CNN, bonjour.

Le plateau de télévision sur lequel les deux présentateurs étaient installés paraissait flotter entre la vitre panoramique et la table de cuisine où le vieil homme prenait un petit déjeuner léger. Il aurait pu demander au grand type au sourire de publicité pour dentifrice de lui passer le sel que ça aurait semblé presque naturel.

 

La mort d’Alice

par : Dominique Lejeune


Alice se trouvait dans une chambre à quatre lits. Quand je me rendais à la clinique, il me fallait saluer trois autres destins brisés. Quatre femmes, chacune close dans son corps devenu prison. Une d’entre elles répondait à mon salut et à mon sourire. J’ignore si les trois autres percevaient mon arrivée : leurs yeux ouverts sur le vide et leurs visages sans expression  me donnaient l’impression d’une vertigineuse absence à soi-même et aux autres.

 

Ombre rouge

par : Edith Soonckindt


Je dis Je suis, l'ombre, rouge, venue sur le chemin des hommes, la main qui poussera l'enfant tout nu sous la terre gluante, encore vivant nu l'enfant, sourire éclos sur ses lèvres éparses et il pensera, je n'ai pas encore vécu et voilà que déjà j'ai cessé d'être. L'enfant, nu, vivant, chaud encore et enfant, sous terre !

 

Le passé n’abdique jamais

par : Elisabeth Lange


Sauf en période de vacances, Christian Miseur et sa femme Clara, née Chiliade, rendaient une visite dominicale à Madame Chiliade mère qui, immanquablement, les retiendrait pour le repas du soir, par ailleurs succulent, la vieille dame ayant le don des choses culinaires. N’empêche, cette sujétion bourgeoise, ordonnée, conventionnelle, balisée irritait Christian et Clara, mais surtout Jacques, leur fils de quatorze ans qui eût préféré un passe-temps de son âge ! Heureusement soutenu par son père dans une complicité affectueuse, l’un fournissait souvent à l’autre quelques prétextes de dérobade.

 

Le bosquet

par : Emmanuel Oldenhove


La neige, avec violence, ensevelissait les collines sous sa blanche cape. Seuls demeuraient, allumettes dressées vers un ciel confondu avec la ligne de crête, les innombrables arbres, rare richesse de ces hautes-terres délaissées depuis un demi-siècle. Le paysage des monts Bieszczady se figeait en une éternité blanche, grise et noire.

 

La Fiancée de la Glane

par : Eric Parisis


Je m’appelle Célestin Cornillon.
J’ai vingt-quatre ans et suis artisan-menuisier. J’habite Le Péroux, hameau discret du
Limousin. A sa lisière, coule une rivière : la Glane.
Nous traversons des heures éprouvantes. La guerre fait rage partout.

 

Une vie ordinaire de soldat et de souris

par : Eric Ligot


Le vieux cousin éludait ; ou plutôt, face à un demi sourire et la lueur du bleu de ses yeux, on arrêtait de poser la question.

Pourtant elle ne l’avait pas gâtée celle de 40 !

 

Code Légia

par : Evelyne  Gerstmans (MDA Info des jeunes)


C'était comme lorsqu'on a mal aux dents et que l'on pousse avec la langue pour raviver la douleur qui s'en va.

Chaque douze du mois, c'était le même rituel, depuis que sa mère avait été fusillée sur le quai des Ardennes par trois SS parce qu'elle n'avait pas compris leur question : "Luttich, Luttich ?" Jean-Mickaël s'en allait à la chasse.

 

Samuel et l’oiseau

par : Fabienne Sarlette


Cette histoire commence par un bruit effroyable de bottes, un bruit à tout rompre et surtout à rompre le silence de cette nuit, une nuit d’horreur …. Nous sommes le 7 novembre 1942 dans une ville de France. Une belle maison avec 3 appartements où vivent des gens tranquilles, des gens comme les autres qui ne demandent pas grand-chose, juste de quoi arriver à vivre en ces temps de guerre.

 

Vengeance amère

par : Fabrice Mairlot


La neige crissait sous ses pas rapides. L’effort et le froid brûlant ses poumons l’empêchaient presque de respirer, mais Antoine ne ressentait ni la douleur ni la fatigue. C’était la rage et la perspective d’accomplir sa vengeance qui le portaient.

 

La honte de ma ville

par : Filiz Ozturk


Le 2 juillet 1992 à Sivas, en Turquie, il faisait beau et chaud. Il y avait beaucoup de gens.  C’était pour la grande fête que l’on organisait chaque année à la mémoire d’un grand poète et chanteur.

 

C’était, il m’en souvient…

par : Florence Debaix


L'année  1940 fut terrible pour Julia, à tous points de vue. Son père  adoré - mobilisé dès 1939 - avait été fait prisonnier; désormais il séjournait dans un camp allemand et Dieu seul savait pour combien de temps.  Sa mère - de santé fragile - avait perdu toute joie de vivre. Elle attendait son mari dans l'angoisse et le recueillement, obligée désormais de supporter l'ensemble des responsabilités, y compris l'éducation de sa fille. 

 

 

Ainsi naissent les légendes

par : Françoise Van Steenacker


20 décembre 1984.

Visite à tante Alice.  A plus de quatre-vingt ans, la « benjamine » a gardé intacte sa mémoire.  Elle m’a parlé de son père, ce grand-père que je n’ai pas connu, mort de la grippe espagnole en 1918.  Elle a aussi évoqué son grand-père et son grand-oncle, les jumeaux Emile et Nicolas, qui avaient fondé l’entreprise familiale.  Tante Alice pouvait encore la situer quelque part sur ces grands boulevards parisiens qu’ils avaient contribué à créer.  Après sa faillite en 1930, l’affaire avait été rachetée, Tante Alice ne pouvait se rappeler par qui….

 

Journal d’un clandestin

par : FX 


28 mai 1940

Dix-huit jours se sont écoulés durant lesquels la vie ne fut pas de tout repos. Nous, Belges, n’avons pas réussi à résister aux Allemands. Moi, Henry, je me suis retrouvé à courir à travers champs, à chercher des refuges, essayant de ne pas être repéré par les ennemis.

 

Inca o noapte de amintire…

par : Gabriela Talaba


Un appartement vide, une fenêtre cassée, des arbres brûlés au gré de la population en colère,
des télévisions qui valsaient dans l’air et les enfants marchant nus pieds dans les rues
encombrées. Voilà ce dont la plupart se souviennent. Aux journaux télévisés, nous faisions la
une à l’époque. Nicolae Ceausescu a été abattu, sa femme décédée à ses côtés, la Roumanie
est libre !

 

Une paire de chaussures

par : Gérard Derwael


Combien a-t-elle fait d’allées et venues entre la cuisine et la salle de bains depuis qu’elle est levée ? Chantal est incapable de le dire. Elle fulmine, donne des coups de semonce contre la porte.

 

Le doute

par : Georges  Lawrence


Comme a regret, l’aube sale sur la plaine déchirait paresseusement ses derniers voiles. Indifférent à ce ridicule état d’âme, l’Obersturmführer Kellner, responsable du Créma IV, se tenait comme à l’accoutumée à quelques pas de la voie qui, dans quelques instants, lui acheminerait son premier train. Certes, il n’était pas superstitieux mais il avait remarqué néanmoins que contre toute logique l’état du premier convoi était très souvent représentatif de ceux qui ensuite, inexorablement, se succéderaient dans la journée.

 

Le goût du travail bien fait

par : Grégory Dunham


2008 Luc avait essayé bien d’autres métiers avant d’être policier mais lorsqu’il avait réussi
son examen d’entrée à la police parmi d’autres entretiens d’embauche pour de multiple poste,
il en avait été fort satisfait. Cela permettait d’avoir une sécurité d’emploi tout en ayant un
travail varié. Bien sûr ses parents, ses amis l’avaient quelque peu charrié mais cela n’avait
pas été bien méchant.

 

Les yeux blues

par : Hermine Bokhorst


Le 11 avril 1979, ce fut la révolution dans ma classe. Mon univers fut arrêté net par les ados
indolents qui suivaient mon cours d’allemand troisième langue. Suivaient, façon de parler,
puisqu’à la sonnerie qui indiquait le début de la leçon, ils s’échouaient sur leurs bancs en
jetant leurs sacs bariolés à terre avec un soupir qui contenait toute la fatigue du monde.

 

9H06, Le Finisseur est de retour

par : Hugues Dorzée


- « Tout ça est très loin ma Sœur, il faut oublier… ».

Il m’a fallu quelques secondes pour que l’information percute mon cerveau endormi. C’était le souk chez Salik. La rue Sainte-Marguerite s’étirait péniblement. Je n’avais pas encore avalé mon café du matin. Quatre vieux Tunisiens en djellaba braillaient à l’avant de la boutique. Une mama italienne agitait sa main de bananes trop mûres. Et dehors, le camion-poubelle crissait par intermittences.

 

Le rêve du marcheur

par : Isabelle Baldacchino


Ils sont tous là. Je les ai vus arriver un à un à son chevet, même les ennemis. On dirait bien
qu'elle se meurt. Elle s'épuise dans ses derniers râles et chacun tressaille au moindre souffle
qui n'est jamais le dernier. Je l'entends. Elle tente de parler. Elle tend une main de nuage vers
ses soeurs, Kumbu et Oblivion.

 

Le cri de la corneille

par : Isabelle Flas


Samedi

C’était entre l’équinoxe et le solstice d’été, un matin de mai avant le lever du jour.  Julie fut tirée de son sommeil par un cognement répétitif.  Elle se retourna dans son lit pour tenter de se rendormir.  Le bruit agaçant reprit, de mauvaise augure pour la journée à venir.  Cela venait de la fenêtre.  Intriguée, Julie ouvrit la tenture et découvrit une corneille qui donnait des coups de bec sur le rebord.  Elle la chassa à grands gestes. 

 

La pièce à conviction

par : Isabelle Marlier


Le matin de la Toussaint, après des années de fouilles infructueuses, le gardien-chef Letham convoque d'urgence la direction de la prison. Cette dernière doit impérativement prendre connaissance du butin appréhendé dans le lit d'un condamné.

 

Riso

par : Isamar 


J’ai renié mes origines, mes croyances, ma morale, moi-même, au profit de quoi ? De qui ?

 « Que je suis content que tu viennes à la boutique ! »

Je raccrochai. Depuis deux ans que j’attendais ce moment, mon travail acharné allait être connu. Ma grande amie Maria Cebortari allait enfin venir le voir. Elle m’annonça qu’elle allait bientôt monter sur scène et  qu’il lui fallait une robe du XVIIe, l’occasion rêvée de me faire connaître.

 

La Chose

par : Jacqueline Wautier


Pourquoi moi ? Cela fait sans doute plus de 20 fois que je me pose la question. Que je
l’envoie en larmes éclatées au ciel qui me la retourne en échos vides. Que je la soumets à…
La Chose. Tout était si tranquille, si normal. La petite route s’enfonçait familièrement dans le
bois déjà domestiqué.

 

Les dernières victimes

par : Jean Bodson


Le jour se levait sur la petite ville de Bavière, blottie au fond de la vallée. Le pâle soleil de mars avait de la peine à franchir le mur des montagnes qui s’élevaient à l’est. Mark se hâtait au guidon de sa vespa. Aujourd’hui, c’était LE grand jour : Mlle Schneider, ce merveilleux prof d’histoire, allait donner les résultats. Il faisait équipe avec Hilde ; Depuis des semaines, ils y travaillaient ; La Shoah ! Quel évènement ! C’était la première fois qu’ils analysaient cette sombre page d’histoire.

 

Cent pas, pieds nomades

par : Jean-Louis Debatty


On part en vacances vers une contrée ensoleillée du sud de l’Europe, on prévoit tout, on se dit que rien ne peut arriver, et puis patatras, en quelques instants...

 

Impardonnable

par : Jean-Paul Kimplaire


Joseph et Simon étaient amis. Pourtant ils n’auraient jamais dû l’être, ils n’auraient même
jamais dû se rencontrer.
Joseph était né le 17 juillet 1904 dans une famille aisée de la banlieue bruxelloise, à
Schaerbeek. Trop jeune pour participer à la Grande Guerre de 14-18.

 

Jour de fête

par : Jean-Pierre Chiron


Dans toutes les villes du monde, les marchés donnent la même impression, comme une figure imposée, une constante: couleurs vives, foule grouillante, cris joyeux, bonne humeur naturelle.

 

Rien n’est éternel

par : Jgenot 


Il y a des siècles existait un passage, une frontière, la ville était divisée en deux. Entre le bas de la ville et le haut. Rue Joffre, le passeur, une sorte de garde frontière offrait des autorisations et il disait : «J’offre deux pass». 

 

Un aller sans retour

par : Justine Pecquet


Jamais, il n’avait couru si vite, jamais il n’avait traversé si rapidement les rues qui séparent ce
lieu de rendez-vous quotidien de son appartement.
Certes la pluie ruisselle sur tout son corps, certes il est à bout de souffle mais il courre, peutêtre
que sa vie en dépend.

 

A pied, à cheval, en voiture… fuyons !

par : Kathrin Coumont


Je mesure 48 cm et pèse 3kg150. J’ai les cheveux châtains, les yeux verts, …  banal, plutôt banal.

Je m’appelle Kathrin et je viens de voir le jour. Nous sommes le 08 mai 1985 … spécial, TRES spécial.

Le soleil de mai perce lentement les rideaux de la petite chambre qu’il partage avec ses 2 frères. Au loin, il lui semble entendre des murmures, de l’agitation, des portes qui s’ouvrent et se referment.

 

La gravité, l’inertie et le reste

par : Laurence Massart


Quand Louis s'avance assez que pour activer l'ouverture automatique de la porte d'entrée de l'hôpital, il n'a pas l'air plus surpris que cela de trouver quelqu'un déjà appuyé contre le banc, de me trouver déjà appuyé contre le banc, une cigarette à peine entamée entre mes doigts. Ces dernières heures, ces derniers jours ont été rapides, trop rapides ; c'est peut-être le premier moment de calme, la première occasion que l'on ait de respirer un peu -une bouffée d'air avant de replonger.

 

Le Chapeau à la Marguerite

par : Margot Vanbert 


Le 8 Mai, 2005

Assise sur un banc du champ de Mars, je suis fascinée par la vue de ce bel officier de marine embrassant sa bien-aimée. Un papillon volète autour de leurs visages mais ils ne s’en aperçoivent pas. La jeune fille, de petite taille, semble protégée par la corpulence de l’officier. Elle est coiffée d’un petit chapeau, une marguerite fraîchement coupée, orne le côté.

 

Papilou, ce héros

par : Marie Moyson 


Jérémie a 8 ans. Jérémie est un enfant futé, perspicace, surprenant et surtout désarmant parce qu’il voit les choses telles qu’elles sont, il prend la vie telle qu’elle est, pour ce qu’elle peut offrir, sans rêver à l’impossible.

 

Laissez-nous vivre

par : Marie-Jo et Roger Joiris  


Au service des soins intensifs, un corps qui semble inanimé, vidé de toute étincelle de vie. Seuls les tuyaux qui le rattachent à toute une machinerie réconfortent Luc. Il les sait pourvoyeurs de flux divers qui empêchent son ami de sombrer à jamais dans le néant.

 

Après... ou le silence des hommes

par : Marie-Paule Haar


Un matin de l’été 1970, ma mère reçut un courrier laconique à entête de la petite commune où était enterré son oncle maternel, mon grand-oncle.

Tout le cimetière, y compris la pelouse réservée aux combattants de la grande guerre, allait être transféré en périphérie, pour ainsi dire à la campagne. Autour de l’église néo-gothique où il reposait depuis dix-sept ans, paisiblement aligné entre ses compagnons d’armes, devait se construire le parking destiné au nouveau local des fêtes.

 

La dernière de la tribu

par : Martine Merlin-Dhaine


La pièce est vide, une pièce immense aux murs nus, le sous-sol d’une plate-forme industrielle désaffectée ; du bâtiment au-dessus ne reste qu’un amas de béton noirci, gravas, ferrailles tordues, portes arrachées.

 

Une vie comme une autre

par : Maurice Stencel


Mon père exerçait la profession de pantouflier. Il était le président de la corporation des pantoufliers juifs de Czestochowa. Son autorité était si grande qu'il décrétait la grève d'un seul geste. Il mettait sa machine sur l'épaule et parcourait les rues du quartier. Longtemps, je me suis demandé comment un homme de sa taille qui n'était pas très grande, et de sa robustesse qui n'était pas remarquable, pouvait porter une machine sans se fatiguer.

 

La forêt enneigée

par : Maxime H


Jules regardait la neige qui s’accumulait sur les branches mortes des arbres. Cela faisait des heures que lui et ses hommes attendaient dans l’angoisse. Ils entendaient le crissement des chenilles des chars ennemis à deux kilomètres sur la neige, priant pour que les vrombissements de leur moteur ne s’approchent pas d’eux. Jules se passa la main dans les cheveux, noirs et drus, en regardant ses hommes.

 

Les ombres ignorées

par : Melissa Collignon


Le 18 juin 1945

Mon amour,

Depuis quelques jours, j’ai le pressentiment que la guerre touche à sa fin. Les sirènes se sont espacées et avec elles, les terribles moments d’angoisse qui accompagnent l’arrivée des avions.

 

Plage de l’oubli

par : Michel Claverie


Vide de toute résonance, la journée s’écoulait sans but, identique à la précédente. Sur ma trajectoire vidée de toute parole, je peignais sans impatience, sans atermoiement. Je ne parlais pas. Personne ici ne m’avait jamais entendu parler car je l’avais voulu ainsi. Je vivais là, ou ailleurs peu importe, plongée dans l’univers poétique et vital que j’aspirais à plaquer sur mes toiles.

 

Le fantôme

par : Michel Bisin


Nous sommes le soir du 1er septembre 1939 et Camille, qui préfère qu’on l’appelle Camile, fête ses 22 ans. C’est une assez mauvaise date pour célébrer son anniversaire mais Camile n’en a cure, ni la politique, ni les filles ne l’intéressent beaucoup, seul le football occupe ses pensées. Aujourd’hui il a match et a donc décidé qu’au coup de sifflet final il arroserait l’événement avec son équipe. Camile est un très bon attaquant.

 

Le dernier voyage de Théo

par : Micheline Boland


Au milieu de la côte, il y a une petite aire de stationnement bordée d’une balustrade. L’on
peut s’y sentir proche des nuages. De là-haut, dans le fouillis des brumes automnales, la ville
ressemble à un lac, sur lequel s’agitent des vers luisants et tremblent des lucioles. L’air du
matin sent l’humus. Ici, on est loin du centre pour demandeurs d’asile, loin des contraintes,
loin des hommes.

 

Sur la Portée du Temps

par : Milou 


Mai 1940. J’avais un an. Aucun souvenir. Peu à peu, mon existence s’installa dans un quotidien fait de sensations captées, filtrées, absorbées. Le monde des adultes… des conversations, des énigmes où perçaient, quelquefois, des bribes familières…

 

Sens en alerte

par : Monique Huet L'Olivier


Longs cheveux noirs bouclés, visage fin, yeux noisette pétillants, port altier, jeunesse frémissante de joie, la jolie jeune fille de  dix-huit ans est vite repérée par les Allemands.

 

Un crayon

par : Myrèse Boulard


- C’est trop nul !

L’expression était péremptoire en cet après-midi pluvieux. En première année, on change. J’avais proposé une partie de dames, ou de valet noir… c’était nul. Avant, il suffisait de dire : « j’ai appris ce jeu-là à ton papa quand il était petit, tu veux l’apprendre aussi ? » pour susciter l’enthousiasme. Mais il y avait longtemps à l’aune de ses 6 ans, en fait quelques jours, quelques semaines.

 

Soulèvement

par : Myriam Radoux


Depuis presque trois ans, je dormais dans la chambre des parents, dans un immeuble coloré appelé « AUBA ». J’avais hérité d’un vieux lit d’hôpital, blanc et rouillé, ce qui permettait, avec ses hauts montants, de placer facilement une moustiquaire. Un vieux ventilateur aux pales bleues délavées, tournait en grinçant de gauche à droite et menaçait de s’écrouler à tout moment.

 

1908

par : Naima 


Il fait un temps tiède en ce jeudi 12 mars 1908 à Paris. Le ciel drapé de nuées voile le soleil qui diffuse des lueurs crépusculaires. Le firmament a une couleur comme une sorte d'indigo mélangé à du rose. Jules regarde ce soleil de sa fenêtre, il est au ras de l'horizon de la capitale et un immense nuage semble l'emmitoufler.

 

L'autre rive

par : Pat' 


NICOLAS AUGUSTIN 10 mai 1871. Le traité de Francfort met fin à la guerre Franco-
Prussienne déclarée le 19 juillet 1870. La Lorraine voit 6800 km2 sur 14500 devenir
territoires annexés, le 1/4 de sa population passe à l'Allemagne. Alors commence l'exode des
Alsaciens-Lorrains qui n'acceptent pas.

 

Le monument

par : Patricia Kourenhova


En 1939, la Deuxième Guerre mondiale a commencé.  Le leader allemand Hitler voulait conquérir tous les pays. Hitler était un dictateur et voulait instaurer partout un régime totalitaire et violent.  Ce régime s’appelait le fascisme.

 

Tout est mal qui finit bien

par : Paulette Delvoye


« Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux… ».Oui, la Belgique est occupée par les troupes
allemandes. Les gens vivent des heures sombres. Les parents ? Ils ne pensent qu’à nourrir
leurs enfants : les denrées sont rares et de mauvaise qualité. Mais les gamins jouent,
insouciants dans ce petit village du pays de Herve.

 

Savoir qu’elle existe

par : Philippe Jehotte


— Tu la reconnaîtras sans peine, tu verras.  Elle sera là.

Je sais plus si c’est vraiment de cette façon que mon grand-père s’est exprimé.  Les mots importent peu.  Je n’ai pas oublié.  Ce jour-là, il venait de me décrire une photographie.

 

Le diable barbu

par : Robert Ruwet


Bien peu de Liégeois savent où se situe la ruelle d’Aix ; elle est pourtant vieille de plusieurs
siècles mais il semblerait que l’on préfère oublier les leçons du passé.
Ce n’est plus, maintenant, qu’une impasse, une cour, qui donne dans la bas de la rue Haute-
Sauvenière et si d’aucuns la fréquentent, c’est parce que la Maison de la Presse s’y est
installée dans un hôtel du XVIIIe.

 

Correspondance

par : Roger Lemineur


À plusieurs reprises déjà, Max avait été distrait de son travail par un moustique énorme qui était passé devant son visage en miaulant. Il écrivait une lettre, et c’était une tâche à laquelle il avait toujours attaché un soin tout particulier. D’abord, il aimait enchaîner les mots les uns aux autres comme des perles, mais surtout il avait toujours pensé qu’on juge un homme sur sa correspondance.

 

Dans le ciel et seulement là

par : Sarah Berti


Je n’aime pas beaucoup être dans cette cachette, c’est tout noir, ça sent la poussière, et les
araignées aussi. Heureusement, je ne suis pas toute seule. François est avec moi. François
c’est mon amoureux, même si Maman dit que nous sommes trop jeunes pour nous marier.
Moi, je trouve que huit ans et dix ans c’est un très bel âge mais Maman est inquiète parce que
François n’est pas juif comme moi. Alors elle craint qu’il nous dénonce.

 

On l’a couché pour l’éternité

par : Stephan Van Puyvelde


Je n’avais pas quatorze ans, je n’avais pas compris. Je n’avais pas mangé, je n’avais pas compris. Quand il a arrêté de pleurer, j’ai su que c’était fini. Quand la porte s’est ouverte, j’ai fermé les yeux. J’ai pleuré aussi. Maintenant il est prostré sur le canapé, nu. On ne m’a rien expliqué.

 

Les voisins de M.

par : Stranzinger 


J'avais quatorze ans quand j'ai vu des personnes en uniforme brun briser des vitrines de magasins à R., la petite ville où je travaillais comme apprentie-couturière. Je devais marcher à peu près une heure pour aller à mon travail et je rêvais d'un vélo.

 

Parpar

par : Suzanne Frydman


Le train roule depuis plusieurs heures. Petit à petit, le silence s'est installé dans le wagon. Les passagers ont adopté une position, la plus confortable qu'il leur soit possible de prendre, pour ce voyage qu'ils pressentent être de longue durée. Les enfants se sont endormis, calmés par les berceuses fredonnées par leurs mères.

 

Le jour où je suis devenu une image

par : Sylvain Bayet


« Attention ! Ils vont charger ! ». C’est un manifestant qui hurle dans mes oreilles, alors que je suis occupé, tant bien que mal, à jauger le sol. À la recherche de cailloux adéquats. Avec son doigt, il m’indique une direction que mon regard suit et je tombe sur une colonne de véhicules militaires, elle-même suivie par un grand nombre de fantassins. Là, ça ne rigole plus.

 

Aux abords de l’exode

par : Téhashdé 


Les derniers bruits s’écartent enfin. Les pas s’ébruitent sans écho. La respiration haletante
semble exposée aux oreilles de tous. Marques d’inquiétude, masque des entrailles. Pas de
paroles énoncées. Les mines graves, les sueurs, les sourires évincés, les socles de ces pensées,
râles et supplices…

 

Des étoiles électriques

par : Thomas Darell 


C'est le dernier jour de notre vie, probablement. Pour mieux suivre la progression des
colonnes de blindés, Zed, Allie et moi sommes tous trois montés nous réfugier au sommet du
plus haut immeuble de la ville. En ce soir de novembre, le lendemain de la Toussaint très
exactement, la guerre vient enfin d'éclater. Autant n'en rien louper !

 

Madeleine

par : Tom 


« Cinq, six, sept. Non, huit. »

Sept ou huit ? Chaque fois que Madeleine regardait la photo jaunie, c’était la même hésitation. Fêtait-elle ses sept ans ou ses huit ans, la petite fille assise sur les genoux de sa maman et qui s’apprêtait à souffler les bougies du gâteau ?

 

Le garçon illusion

par : Tom De Brabandere


De ses doigts fins, Sébastien ressentait la sensation de l’herbe fraiche et rigide sous un soleil d’été.  Il avait décidé d’élire domicile dans un parc afin de se retrouver avec ses livres, décision qui le réjouissait d’avance.  Car il savait que c’était son meilleur moyen pour occuper un long week-end dont il ne voyait jamais la fin.  Il s’était donc installé sur le sol, près de la terre et de ses biens-faits.