La Bibliothèque George Orwell présente... (aide-mémoire n°72)

 

Par Jérôme Delnooz, bibliothécaire

 

identités et politiqueGilles Dorronsoro (dir.), Olivier Grojean (dir.), Identités et politique : de la différenciation culturelle au conflit, SciencesPo/Les presses, 2014, 25€ tm coeur

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le monde – y compris nos démocraties – est ébranlé par une explosion de conflits portés par des revendications identitaires. Pour étudier les causes de ce phénomène, les auteurs de ce livre ont choisi d’analyser trois pays dont le modèle de société repose sur une division stricte entre catégories d’individus : l’Iran, la Turquie et le Pakistan. Pourtant, nous verrons que de telles séparations ne conduisent pas nécessairement au conflit. Les raisons du basculement seraient plutôt à chercher du côté du politique qui exacerbe les tensions de différentes manières : discrimination, distribution inégale des ressources, découpage territorial, violence armée comme outil de mobilisation nationale…

 

rêve briséGaïdz Minassian, Le rêve brisé des Arméniens, Flammarion, 2015

Il y a 100 ans se déroulait le génocide arménien. À l’occasion de ces commémorations, Gaidz Minassian revient sur les origines de cette terrible entreprise de mort, qui avait déjà été précédée par des massacres de masse, notamment à la fin du XIXe siècle. Toutefois, il ne faut pas oublier qu’à l’époque des courants de résistance arméniens s’étaient dressés contre ces persécutions. Parmi ceux-ci, l’auteur met en lumière les actions des jeunes gens de la Fédération Révolutionnaire Arménienne (FRA) qui ont milité pacifiquement puis avec les armes pour la reconnaissance de leur identité, la liberté et l'égalité entre les nationalités.

 

rendez vous avec lheure qui blesseGaston-Paul Effa, Rendez-vous avec l’heure qui blesse, Gallimard, 2014, coll. « NRF, Continents noirs », 17.90€ tm coeur 

Dans ce roman, l’écrivain adopte un regard singulier sur la Seconde Guerre mondiale : Raphaël Élizé, le narrateur, est un petits fils d’esclave martiniquais, qui en dépit du racisme devient le premier maire noir d’une ville de France métropolitaine en 1929. Durant les années de guerre, après avoir été chassé de son poste par l’occupant nazi et son idéologie raciale, l’élu socialiste entre en résistance puis est déporté à Buchenwald où il meurt en 1945. Malgré ce parcours atypique, il faudra attendre le début du XXIe siècle pour que cette personnalité soit réellement reconnue par les Autorités.

 

auschwitz repereTal Bruttmann, Auschwitz, La Découverte, 2015, coll. « Repères »

Beaucoup d’entre nous connaissent le rôle central et funeste que le camp d’Auschwitz a joué dans le processus de la Shoah. Ce livre élargit néanmoins la perspective et démontre la complexité de la logique du camp qui ne se limitait pas à une dimension d’extermination pour les Juifs… Ainsi, Auschwitz était également un instrument de répression et de détention à l’encontre des tsiganes, des prisonniers de guerre soviétiques, des opposants polonais, des femmes… mais surtout un complexe économico- industriel de grande ampleur en constant développement répondant à une politique spécifique de colonisation nazie. À l’instar des autres ouvrages de la collection « Repères », ce volume se caractérise par son approche didactique (présence d’outils thématiques, d’index, de tableaux…).

 

le retour dhitlerAlain Chauvet, Le retour d’Hitler ? : Personne ne savait… personne ne sait ?, Academia-L’Harmattan, 2015, 23€ 

« Personne ne savait… personne ne sait ». Et pourtant, comme le montre ce livre, certains mécanismes se reproduisent invariablement au cours de l’histoire : particulièrement l’apparition d’un dirigeant « providentiel » et d’un pouvoir autocratique ou totalitaire, dont les visées expansionnistes ou raciales débouchent au bout du compte sur l’effondrement d’une civilisation et de la morale. Alain Chauvet isole parmi les facteurs d’émergence de ce phénomène cyclique un contexte politique et économique de prédation exacerbé, mais interpelle aussi le lecteur sur la responsabilité individuelle de tout un chacun. Un appel à la vigilance nécessaire, car les années 30 seraient de retour, et il faut se prémunir des bégaiements de l’Histoire. Cette dernière partie, moins scientifique, relève du point de vue personnel de l’auteur.

 

la belgique etat laique ou presqueJean-Philippe Schreiber, La Belgique : Était laïque…ou presque, Espace de libertés, 2014, coll. « Liberté, j’écris ton nom », 12€

Pour Jean-Philippe Schreiber, la Belgique est un État partiellement laïque. D’une part, la Constitution reconnaît un régime de séparation, ou du moins, de neutralité confessionnelle ; mais d’autre part, dans les faits, les pouvoirs publics continuent à financer les cultes et les courants philosophiques parce qu’ils estiment que ces derniers ont un pouvoir structurant dans notre société. À l’aide de sa loupe d’historien, l’auteur pointe les limites et les aberrations d’un tel système, par exemple le financement à grands frais de deux grands réseaux d’enseignements. Il plaide donc pour le retour à une authentique laïcité constitutionnelle et fournit des pistes pour achever le processus en s’inspirant du modèle hollandais, français, voire irlandais.

 

pour les musulmansEdwy Plenel, Pour les musulmans, La Découverte, 2014

Un ouvrage dont le propos s’inscrit pleinement dans notre actualité brûlante… Son auteur, le journaliste Edwy Plenel, s’insurge en effet contre le racisme de l’extrême droite, mais dénonce surtout la banalisation d’un discours antimusulman par des tendances réactionnaires (parfois même académiques) ainsi que par la xénophobie ordinaire. Dans un souci d’ouverture, et avec les convictions dont il sait faire preuve, le président de Mediapart prend à contrepied la logique du « bouc émissaire » et défend la communauté en mobilisant des valeurs humanistes. Ce plaidoyer pour le vivre ensemble a été récompensé par le prix « Fetkann de la mémoire ».

 

mains invisiblesVille Tietäväinen, Les mains invisibles, Casterman, 2015 tm coeur

Au sein de nos sociétés occidentales, on associe souvent les sans-papiers à la notion d’« immigration clandestine » sans tenir compte de la charge péjorative qu’elle comporte. Dans cette bande dessinée, Ville Tietäväinen nous rappelle qu’il s’agit avant tout d’êtres humains en quête d’une vie meilleure, notamment pour leur famille restée au pays. Leur vision d’une « Europe Eldorado » s’avère bien éloignée de la réalité. L’auteur illustre cette dimension tragique à travers l’épopée de Rachid, un migrant marocain qui arrive en Espagne, mais dont les rêves se heurtent à de sinistres obstacles : cupidité des passeurs, exploitation par des mafias d’agriculteurs locaux, prosélytisme des islamistes…

 

 

Première Guerre mondiale

 

les poilus dalaskaFélix Brune, Michael Delbosco, Daniel Duhand, Les poilus d’Alaska : Moufflot, hiver 1914, Casterman, tome 1, 2014, 13,50€

Cette bande dessinée débute dans une France meurtrie par la Grande guerre et l’hiver très rude de l’année 1914. Puis le récit nous emmène à des milliers de kilomètres de l’Europe. Plus précisément, sur les traces de Louis Moufflet, un officier français, ancien orpailleur, qui tente le pari fou de ramener d’Alaska une meute de 400 chiens de traineaux afin de bénéficier de leur capacité dans la campagne des Vosges. Ou comment des animaux, précédemment exploités dans la ruée vers l’or, se voient à présent enrôlés pour l’effort de guerre… Le premier tome plante le décor de cette aventure insolite !

 

Christian De Metter, Catel Muller, Le sang des valentines, Casterman, 2014, 15€ tm coeur

le sang des valentinesDurant la Première Guerre mondiale, les lettres d’amour, que l’on appelait les « valentines », mais aussi le courrier des proches, ont été d’une importance majeure pour soutenir le moral des soldats engagés au front. Pour représenter cet aspect du conflit, De Metter et Catel nous narre l’histoire du soldat Augustin Dortet, qui survit à l’enfer en partie grâce à la correspondance qu’il entretient avec sa bien-aimée. Les retrouvailles tant attendues ne seront pourtant pas telles qu’il les avait imaginées… Le style pictural de cette BD traduit à merveille les émotions induites par la distance, la séparation et la guerre. En 2004, cette histoire tragique et forte avait d’ailleurs été récompensée au Festival d’Angoulême !

 

Ces livres sont disponibles en prêt à la Bibliothèque George Orwell des Territoires de la Mémoire ou à la vente dans les bonnes librairies dont la librairie Stéphane Hessel à la Cité Miroir.

 

[coup de cœur] Gilles Dorronsoro (dir.), Olivier Grojean (dir.), Identités et politique : de la différenciation culturelle au conflit, SciencesPo/Les presses, 2014, 25€.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le monde – y compris nos démocraties – est ébranlé par une explosion de conflits portés par des revendications identitaires. Pour étudier les causes de ce phénomène, les auteurs de ce livre ont choisi d’analyser trois pays dont le modèle de société repose sur une division stricte entre catégories d’individus : l’Iran, la Turquie et le Pakistan. Pourtant, nous verrons que de telles séparations ne conduisent pas nécessairement au conflit. Les raisons du basculement seraient plutôt à chercher du côté du politique qui exacerbe les tensions de différentes manières : discrimination, distribution inégale des ressources, découpage territorial, violence armée comme outil de mobilisation nationale…

Gaïdz Minassian, Le rêve brisé des Arméniens, Flammarion, 2015.

Il y a 100 ans se déroulait le génocide arménien. À l’occasion de ces commémorations, Gaidz Minassian revient sur les origines de cette terrible entreprise de mort, qui avait déjà été précédée par des massacres de masse, notamment à la fin du XIXe siècle. Toutefois, il ne faut pas oublier qu’à l’époque des courants de résistance arméniens s’étaient dressés contre ces persécutions. Parmi ceux-ci, l’auteur met en lumière les actions des jeunes gens de la Fédération Révolutionnaire Arménienne (FRA) qui ont milité pacifiquement puis avec les armes pour la reconnaissance de leur identité, la liberté et l'égalité entre les nationalités.

[coup de cœur] Gaston-Paul Effa, Rendez-vous avec l’heure qui blesse, Gallimard, 2014, coll. « NRF, Continents noirs », 17.90€.  

Dans ce roman, l’écrivain adopte un regard singulier sur la Seconde Guerre mondiale : Raphaël Élizé, le narrateur, est un petits fils d’esclave martiniquais, qui en dépit du racisme devient le premier maire noir d’une ville de France métropolitaine en 1929. Durant les années de guerre, après avoir été chassé de son poste par l’occupant nazi et son idéologie raciale, l’élu socialiste entre en résistance puis est déporté à Buchenwald où il meurt en 1945. Malgré ce parcours atypique, il faudra attendre le début du XXIe siècle pour que cette personnalité soit réellement reconnue par les Autorités.

Tal Bruttmann, Auschwitz, La Découverte, 2015, coll. « Repères ».

Beaucoup d’entre nous connaissent le rôle central et funeste que le camp d’Auschwitz a joué dans le processus de la Shoah. Ce livre élargit néanmoins la perspective et démontre la complexité de la logique du camp qui ne se limitait pas à une dimension d’extermination pour les Juifs… Ainsi, Auschwitz était également un instrument de répression et de détention à l’encontre des tsiganes, des prisonniers de guerre soviétiques, des opposants polonais, des femmes… mais surtout un complexe économico- industriel de grande ampleur en constant développement répondant à une politique spécifique de colonisation nazie.  À l’instar des autres ouvrages de la collection « Repères », ce volume se caractérise par son approche didactique (présence d’outils thématiques, d’index, de tableaux…).

Alain Chauvet, Le retour d’Hitler ? : Personne ne savait…personne ne sait ?, Academia-L’Harmattan, 2015, 23€. 

« Personne ne savait… personne ne sait ». Et pourtant, comme le montre ce livre, certains mécanismes se reproduisent invariablement au cours de l’histoire : particulièrement l’apparition d’un dirigeant « providentiel » et d’un pouvoir autocratique ou totalitaire, dont les visées expansionnistes ou raciales débouchent au bout du compte sur l’effondrement d’une civilisation et de la morale. Alain Chauvet isole parmi les facteurs d’émergence de ce phénomène cyclique un contexte politique et économique de prédation exacerbé, mais interpelle aussi le lecteur sur la responsabilité individuelle de tout un chacun. Un appel à la vigilance nécessaire, car les années 30 seraient de retour, et il faut se prémunir des bégaiements de l’Histoire. Cette dernière partie, moins scientifique, relève du point de vue personnel de l’auteur. 

Jean-Philippe Schreiber, La Belgique : Était laïque…ou presque, Espace de libertés, 2014, coll. « Liberté, j’écris ton nom », 12€.

Pour Jean-Philippe Schreiber, la Belgique est un État partiellement laïque. D’une part, la Constitution reconnaît un régime de séparation, ou du moins, de neutralité confessionnelle ; mais d’autre part, dans les faits, les pouvoirs publics continuent à financer les cultes et les courants philosophiques parce qu’ils estiment que ces derniers ont un pouvoir structurant dans notre société. À l’aide de sa loupe d’historien, l’auteur pointe les limites et les aberrations d’un tel système,  par exemple le financement à grands frais de deux grands réseaux d’enseignements. Il plaide donc pour le retour à une authentique laïcité constitutionnelle et fournit des pistes pour achever le processus en s’inspirant du modèle hollandais, français, voire irlandais.

Edwy Plenel, Pour les musulmans, La Découverte, 2014. 

Un ouvrage dont le propos s’inscrit pleinement dans notre actualité brûlante… Son auteur, le journaliste Edwy Plenel, s’insurge en effet contre le racisme de l’extrême droite, mais dénonce surtout la banalisation d’un discours antimusulman par des tendances réactionnaires (parfois même académiques) ainsi que par la xénophobie ordinaire. Dans un souci d’ouverture, et avec les convictions dont il sait faire preuve, le président de Mediapart prend à contrepied la logique du « bouc émissaire » et défend la communauté en mobilisant des valeurs humanistes. Ce plaidoyer pour le vivre ensemble a été récompensé par le prix « Fetkann de la mémoire ».

[coup de cœur] Ville Tietäväinen, Les mains invisibles, Casterman, 2015.

Au sein de nos sociétés occidentales, on associe souvent les sans-papiers à la notion d’« immigration clandestine » sans tenir compte de la charge péjorative qu’elle comporte. Dans cette bande dessinée, Ville Tietäväinen nous rappelle qu’il s’agit avant tout d’êtres humains en quête d’une vie meilleure, notamment pour leur famille restée au pays. Leur vision d’une « Europe Eldorado » s’avère bien éloignée de la réalité. L’auteur illustre cette dimension tragique à travers l’épopée de Rachid, un migrant marocain qui arrive en Espagne, mais dont les rêves se heurtent à de sinistres obstacles : cupidité des passeurs, exploitation par des mafias d’agriculteurs locaux, prosélytisme des islamistes…

[Encart]

Première Guerre mondiale

Félix Brune, Michael Delbosco, Daniel Duhand, Les poilus d’Alaska : Moufflot, hiver 1914, Casterman, tome 1, 2014, 13,50€.

Cette bande dessinée débute dans une France meurtrie par la Grande guerre et l’hiver très rude de l’année 1914. Puis le récit nous emmène à des milliers de kilomètres de l’Europe. Plus précisément, sur les traces de Louis Moufflet, un officier français, ancien orpailleur, qui tente le pari fou de ramener d’Alaska une meute de 400 chiens de traineaux afin de bénéficier de leur capacité dans la campagne des Vosges. Ou comment des animaux, précédemment exploités dans la ruée vers l’or, se voient à présent enrôlés pour l’effort de guerre… Le premier tome plante le décor de cette aventure insolite !

[coup de cœur] Christian De Metter, Catel Muller, Le sang des valentines, Casterman, 2014, 15€.

Durant la Première Guerre mondiale, les lettres d’amour, que l’on appelait les « valentines », mais aussi le courrier des proches, ont été d’une importance majeure pour soutenir le moral des soldats engagés au front. Pour représenter cet aspect du conflit, De Metter et Catel nous narre l’histoire du soldat Augustin Dortet, qui survit à l’enfer en partie grâce à la correspondance qu’il entretient avec sa bien-aimée. Les retrouvailles tant attendues ne seront pourtant pas telles qu’il les avait imaginées… Le style pictural de cette BD traduit à merveille les émotions induites par la distance, la séparation et la guerre.  En 2004, cette histoire tragique et forte avait d’ailleurs été récompensée au Festival d’Angoulême !

Ces livres sont disponibles en prêt à la Bibliothèque George Orwell des Territoires de la Mémoire ou à la vente dans les bonnes librairies dont la librairie Stéphane Hessel à la Cité Miroir.