Jacques Tardi, Moi, René Tardi, Prisonnier de guerre - Stalag IIB

Article publié dans Aide-mémoire, n°64, avril-juin 2013.

 

Par Jean-Paul Bonjean

 

am64 Tardi JP BonjeanAvec l’enchaînement de deux grandes guerres au début du XXème siècle, ce sont deuxgénérations successives qui serontsacrifiées àl’âpreté de ces périodes désastreuses et destructrices.Et c’est un sujet tellementconnu, me direz-vous. Cent fois débattus. Envisagés sous toutes les coutures : du mode de fonctionnement d’un système d’extermination aux tactiques de combat en passant par la géopolitique diplomatique.

Pourtant, force est de constater que le sujet alimente toujours les imaginaires d’artistes et que, plus étonnant peut-être, la qualité de leurs productions reste de très haut niveau. Il en va ainsi du dernier Tardi qui s’est inspiré des carnets que son père, René, lui a laissés et a rédigés à sa demande avant de mourir. Et cela, en bravant cet étrange tabou qui règne au retour des camps sousla forme dusilence.

Les lecteurs habituels deTardine seront pas surpris par le dessin. L’ajout detraits griffonnés qui couturent la bouche dans nombre de vignettesmettent en dialectique le silence forcépar l’horreur et la BD elle-même.Toutefois, la narrations’allègeparl’entremise dece gamin qui gambade librement dans les vignettes. Ce gaminest Tardi lui-même, celui à qui l’homme qui se trouve dans le char s’adresse : son père. Cedispositif dialogualinterne à la narration munit le lecteur d’un reculbienvenu pour affronterla dureté des événements relatés.

Quelques vignettes colorées en rouge font mal aux yeux.

La façon pédagogique et artistiquement attractive d’aborder cette période difficile de l’Histoire destine l’ouvrage à un grand public.

 

 

Jacques Tardi, Moi, René Tardi, Prisonnier de guerre - Stalag IIB, Casterman, 2012