Le camp de Drancy vu de l’intérieur

Article publié dans Aide-mémoire, n°64, avril-juin 2013.

 

Par Jean-Louis Rouhart

 

On lira avec le plus grand intérêt l’ouvrage des historiens Annette Wieviorka et Michel Laffitte publié récemment aux Éditions Perrin et consacré au camp de Drancy[1].

Il s’agit d’un tableau minutieux et implacable d’un camp ayant servi pour 80.000 personnes définies comme juives de camp de représailles, de camp de transit vers les centres de mise à mort et de camp de concentration taillé selon les modèles allemands.

am64 p.8 JLRouhartLes auteurs nous plongent dans le quotidien des internés, nous expliquent le fonctionnement, l’évolution et les rouages du camp, nous font part de la complicité des gendarmes français, de la brutalité affichée par les gardiens SS et aussi de la hantise quasi permanente des internés d’être déportés vers des lieux inconnus (« Pitchipoï[2] »).

On mettra en exergue la démarche des auteurs, soucieux de compléter les sources historiques contenues aux Archives par des témoignages parfois inédits, consignés dans les journaux intimes et la correspondance illégale des internés, réalisant ainsi, grâce à une approche postmoderne à la fois objective et subjective des évènements historiques, une synthèse parfaitement réussie de l’histoire et des histoires de ce camp.

 


1 A. Wieviorka et M. Laffitte, À l’intérieur du camp de Drancy, Paris, Éditions Perrin, 2012, disponible à la médiathèque des Territoires de la Mémoire.

2 Surnom qu'utilisaient les Juifs de France pour désigner la destination inconnue, mystérieuse et redoutable des convois de déportés, là-bas, quelque part, très loin « vers l'Est ». Ce néologisme est apparu parmi les enfants dans le Camp de Drancy