#BigDataWatch - Tous surveillés, pour notre bien ?

#BigDataWatch - Tous surveillés, pour notre bien ?

Un corpus documentaire proposé par « The Conversation »

Du marketing commercial au marketing politique, le pas est franchi ! L’usage des technologies numériques exploitant nos données personnelles est aujourd’hui une réalité qui doit nous préoccuper.

Jusqu’il y a peu, le monde politique s’intéressait par le biais de sondages à l’intention des électeurs sans véritablement entrer dans leur intimité. Depuis l’avènement des réseaux sociaux – qui ont largement contribué à la récolte de données permettant de profiler les individus et de segmenter la population –, le monde politique s’est emparé de ces techniques que l’on croyait réservées exclusivement au monde économique, comme l’a révélé, en 2016 déjà, le scandale de Cambridge Analytica.

À cette mise en œuvre, la crise sanitaire vient de donner un coup de fouet : la peur ambiante est devenue un levier important de mobilisation du développement d’un contrôle des populations, de leurs déplacements, de leurs habitudes et modes de consommation et, enfin, dans ce qui au plus intime d’elles-mêmes, forge leur opinion personnelle. Le smartphone, désormais généralisé et quasi vital, permet ainsi d’assurer un traçage que la lutte contre le covid-19 veut légitimer.

Après la peur du terrorisme nourrie par les vagues d’attentats qui ont suivi le 11 septembre 2001, la pandémie actuelle ouvre la voie de mesures dites d’urgence nationale, de dispositifs d’exception qui risquent cependant de se pérenniser au-delà des moments des crises qui les ont justifiés. Et parmi les dangers les plus souvent évoqués, figure bien entendu la monétisation des données collectées à des fins marchandes ou politiques dont nous avons parlé mais aussi, plus inquiétant encore, une mise sous surveillance accrue des opinions personnelles, voire l’installation progressive d’un contrôle permanent de chaque individu à l’image d’applications déjà développées en Chine ou en Russie sous la couverture faussement bienveillante d’un discours axé sur la gouvernance collaborative.

Plus que jamais, la vigilance est donc de rigueur afin de ne pas préparer aujourd’hui, sous le coup de l’émotion, le chantier de mise à mal de nos démocraties qui nourrissent en leur sein des opportunismes dangereux…

Au travers d’un corpus documentaire qui interroge, le média en ligne collaboratif et association sans but lucratif « The Conversation » nous invite à la réflexion. L’objectif non dissimulé de cet organe est d’éclairer l’actualité et de susciter le débat citoyen. Il s’agit d’un support gratuit et sans publicité animé par une équipe de journalistes qui génère un contenu fondé sur l’expertise fiable de chercheurs et d’universitaires spécialisés.

Au cœur des préoccupations de l’ASBL Les Territoires de la Mémoire, cette thématique, celle des dérives liberticides consécutives à la crise du Coronavirus, a évidemment retenu toute notre attention. En témoignent les différents articles et autres alertes publiés sur notre site :

Nous vous recommandons donc sans réserve la lecture de ce corpus documentaire dont la présente introduction vous aura déjà, nous l’espérons, laissé entrevoir toute la pertinence et/ou invité à la réflexion.

#TrackingCovid19

Tous surveillés, pour notre bien ?

Depuis le début de la crise, une grande partie de l’opinion s’est interrogée sur l’utilisation des données informatiques à la disposition des scientifiques et des politiques.

Lancée il y a quelques jours, l’application StopCovid connaît ainsi des débuts difficiles : moins de 2% de la population l’a activée sur son smartphone. Serge Abiteboul (École normale supérieure) estime que pour être efficace une telle application devrait être téléchargée par environ 60% des Français. Un des facteurs limitant son usage pourrait être la peur de la surveillance exprimée à l’envi sur les réseaux sociaux.

Différentes stratégies ont pourtant été développées dans plusieurs pays afin de faire de votre téléphone mobile un outil de la luttte contre l’épidémie, comme l’expliquent Marcel Moritz et Audrey Dequesnes (Université de Lille).

Sortons du domaine de la santé, pour celui de la politique où, là aussi, nos données valent de l’or. « Peu importe l’échelle, certains professionnels sont désormais en mesure de connaître de manière très précise le profil des électeurs, et même de le géolocaliser » explique Virginie Tisserant (Université Aix Marseille).

Enfin, si en France l’État nous surveille - numériquement - peu, il n’en est pas de même en Chine. Virginie Arantes (Université Libre de Bruxelles) nous apprend notamment que les autorités vont même jusqu’à contrôler si les citoyens trient correctement leurs déchets.