Aide-mémoire n°85

Dans ce 85e numéro de la revue Aide-mémoire, un petit détour iconoclaste autour de Mai 68 tend à dégager deux notions qui ne sont traditionnellement pas associées à cet évènement mais qui, selon plusieurs penseurs tels qu’Emmanuel Todd, Christopher Lasch ou Thomas Frank, s’y retrouvent en filigrane. Ces deux notions sont celles de « sélection » et d’« élite ». Sélectionner, trier, hiérarchiser et exclure sont de vieilles manies de l’humanité mais il faut reconnaître à l’Occident une réelle volonté d’objectiver ses pratiques de sélection, quitte à les draper d’un vernis de science. À cet égard, régimes nazi et communiste furent les manifestations politiques les plus abouties des prétentions scientifiques de certaines idéologies : biologie raciale pour l’un, sociologie positiviste pour l’autre. Une fois disqualifiés les prétextes discriminants inventés pour justifier un ordre social hiérarchisé jusqu’au délire (race supérieure, dictature du prolétariat), il n’en reste pas moins que les réflexes de sélection, de tri et d’exclusion demeurent et finissent par trouver le moyen de s’exprimer.

À chaque numéro, citoyens engagés, philosophes, historiens et autres enseignants s’efforcent de décrypter les enjeux réels auxquels sont confrontées les sociétés démocratiques contemporaines. Dans notre revue, les discours démagogiques, les résurgences du fascisme et les tentations nationalistes se lisent à la lumière de la mondialisation, des relations politiques internationales, des inégalités et de l’exclusion sociale. Nous savons qu’il est inutile d’isoler tel acte raciste ou tel groupe d’extrême droite sans les intégrer dans un cadre plus global d’explication et d’interprétation du fonctionnement de nos sociétés.

Editorial
Sélectionner, trier, exclure : bis repetitat ?

Par Julien Paulus, rédacteur en chef

On observe une particularité récurrente dès qu’il est question de Mai 68, à savoir l’impossibilité, à gauche comme à droite, de se mettre d’accord sur les ressorts et les prolongements fondamentaux de cet évènement. Simple conflit générationnel au s […]

La sécession des élites : catastrophisme éclairé ou prophétie qui s’autoréalise ?

Par Olivier Starquit

Mai 68 est souvent présenté et comme une révolte étudiante contre les mœurs bourgeoises et comme une volonté de s’en libérer. Alors que les flonflons des célébrations de son jubilé s’estompent, il est assez jubilatoire de constater aujourd’hui des v […]

C’èst todi lès p’tits qu’on språtche ! (1ère partie)

Par Jenifer Devresse

Arrière toute ! Les lendemains de mai ’68 ont sonné le coup d’envoi d’un patient démantèlement des systèmes de régulation des inégalités instaurés à la sortie de la guerre. Aujourd’hui, les filets de sécurité ont mué en filtres aux mailles touj […]

Démocratie et intellectuels

Entretien avec Galaad Wilgos

Galaad Wilgos

Gaëlle Henrard : Commençons peut-être par préciser le terme. Pour vous, qu’est-ce qu’un intellectuel ? Que recouvre cette catégorie ?

Galaad Wilgos : Question hautement épineuse qui interroge déjà les rappo […]

« Fils à papa » et « fils de pauvres » : des relations entre les mondes étudiants et ouvriers en 68*

Par Maite Molina Marmol

Si l’on évoque et commémore généralement « Mai 1968 », il apparaît que cet événement s’inscrit dans une chronologie et un contexte plus larges. Correspondant à une révolution culturelle ayant affecté la plus grande partie du monde occidental industr […]

Clara Zetkin : Au club des femmes musulmanes, [1926], éditions LitPol

J.P.

Le journaliste bruxellois Erik Rydberg inaugure les éditions LitPol par la réédition d’un petit texte d’une figure incontournable, quoiqu’oubliée, du mouvement de libération des femmes au XXe siècle : Clara Zetkin.

![Au club des femmes musulmanes - Clar […]

Mots
Élite

Par Henri Deleersnijder

À propos de Mai 68, s’adressant aux étudiants contestataires, Eugène Ionesco déclara : « Demain, vous serez tous notaires. » Et, en ce qui regarde les mêmes événements, il avait ajouté : « Je me souviens de Mai 68 comme d’une pièce de boulevard. Mais avec des pavés qui v […]

La vision complotiste de l'extrême droite

Une chronique de Julien Dohet

Le complot judéo-maçonnique, agrémenté d’une forte dose d’anticommunisme, est un grand classique de l’extrême droite. Cette vision du monde complotiste peut prendre plusieurs formes différentes selon les pays et les époques tout en gardant la même trame générale.

![He […]

Le Mot du Président (85)

Par Jérôme Jamin

Jérôme Jamin

Pour la première fois au Parlement de la Communauté française, des députés ont déposé une proposition de résolution visant à accroître la sensibilisation aux dangers des extrémismes et des populismes et […]

La Bibliothèque George Orwell présente

Marc Bernard, , Faire front : les journées ouvrières des 9 et 12 février 1934, La Fabrique, , 2018, 12 €

Faire front : les journées ouvrières des 9 et 12 février 1934

Tout commence par une autre date, celle du 6 février 1934 où les ligues fascistes et la droite manifestent à Paris suite à l’affaire Stavisky (magouille économico-politique). Une des conséquences de cette journée est pour la gauche un premier appel à manifester le 9 février puis une seconde journée le 12 février qui verra un début d’union des gauches socialistes et communistes, impensable à cette époque (est-elle seulement possible aujourd’hui ?) par la base. Marc Bernard a participé à ces journées et son texte est de l’histoire immédiate, écrit dans le feu de l’action et imprimé le 15 mars 1934. L’introduction de Laurent Lévy en fait une analyse et une présentation bienvenue.

Liridon Lika, Audrey Weerts, Sophie Wintgens et Justine Contor (dir.), , Frontières. Approche multidisciplinaire, Presses Universitaires de Liège, , 2018, 25 €

 Frontières. Approche multidisciplinaire

Les frontières vues ici d’un point de vue académique multidisciplinaire alliant science politique et sociologie. Huit contributions abordant des frontières en Europe, des frontières culturelles (le fail safe dans le cinéma américain, par exemple) et aussi des frontières ethniques (l’immigration, le peuple du Front national français, l’art et l’ethnicité
…). Un livre s’essayant à franchir les frontières des disciplines universitaires.

Félicité Lyamukuru, Nathalie Caprioli, , L’ouragan a frappé Nyundo, Éditions du Cerisier, , 2018, 14,50 €

L’ouragan a frappé Nyundo

Le témoignage d’une rescapée du génocide des Tutsis écrit 21 ans après les faits. Lors d’un voyage au Rwanda, un moment fort, celui de sa rencontre avec son bourreau, Giovanni qui a été condamné à perpétuité. « Au final, je suis au regret de me demander pourquoi, vingt et un ans plus tôt, nous n’avons pas pu démystifier Giovanni. En prison, il m’est apparu tel un minus. Il n’a rien d’impressionnant, ni d’imposant, il est juste normal. Mon grand frère, sportif et bien bâti, aurait pu le mettre à terre d’une chiquenaude. Les tueurs ont fait la loi et nous les avons laissés faire; ils ont rugi et nous nous sommes tus. Nous nous sommes laissés mener comme des brebis sans rien contrarier de leur plan […] Si le sort de Giovanni reposait entre mes mains, que déciderais-je? La colère pourrait me pousser à tuer, mais au fond de moi, je sais que je ne veux pas sa mort. Je suis peut-être plus méchante : je voudrais qu’il me voie vivre tous les jours avec mes enfants. Je lui montrerais combien il a raté son objectif car nous sommes là ! »

Thomas Cadène et Christophe Gaultier, , La Tragédie brune, Les Arènes, , 2018, 20 €

La Tragédie brune
La Tragédie brune

Xavier de Hauteclocque est reporter français pour différents journaux dont Le Petit Rapporteur et Gringoire qui l’envoie en 1933 en Allemagne devenue nazie. Son récit publié en 1934 aux éditions de la Nouvelle Revue Critique est un témoignage extralucide sur le nazisme, il y annonce toutes les dérives du régime et il vaudra à l’auteur de se faire empoisonner par la Gestapo en février 1935 et de mourir quelques semaines plus tard en France. Les auteurs retracent ici de main de maître son voyage en 1933. La bande dessinée est suivie du premier chapitre du livre de Xavier de Hauteclocque.

Collectif, , Les théories du complot, Wolu-Services asbl (éd.), , 2016

Les théories du complot

Gare à vous, gens du peuple, pendant que vous regardez ailleurs, les reptiliens ont réussi à nous faire croire que les dinosaures existent et un nouvel ordre mondial est sur le point d’être établi ! La 4e édition des 24 heures BD de Woluwe-Saint-Lambert a donné naissance à un projet original qui s’attaque aux théories du complot avec humour et originalité. À travers les différentes planches imaginées et illustrées par les participants, on aborde les techniques utilisées par les théoriciens du complot et leurs conséquences sur la société. À noter la présence d’un petit dossier qui donne des outils pour lutter contre ces discours. Ce document est disponible gratuitement sur demande: mailto:vferry@ulb.ac.be

Mazyar Khoojinian, , Les Turcs à la mine, EME, , 2018, 39 €

 Les Turcs à la mine

Ce livre retrace l’immigration turque, de 1956 à 1970, venue pour extraire le charbon du sol belge. Cette brique académique fait le tour de la question : des premières tentatives de recrutement aux logement des familles turques à Bois-du-Luc, de l’immigration turque en tant que problème public au facteur islamique, etc. Pour lecteur intéressé. « On ne s’y retrouve pas / Quand on est dans le fond / Ah, quelle confusion / Car on entend toutes les sortes de jargons » (Chanson Les Turcs composée par trois ingénieurs de charbonnage en 1965)

Justine Brabant, Annick Kamgang, , Lucha : chronique d’une révolution sans armes au Congo, La Boîtes à Bulles, , 2018, 16 €

Lucha : chronique d’une révolution sans armes au Congo
Lucha : chronique d’une révolution sans armes au Congo

« L’histoire du Congo, c’est l’histoire de notre quotidienne vie. L’histoire du nouveau Congo, c’est celle de notre courage. Le pouvoir est dans nos mains. L’espoir c’est nous ». Tel est le message que les militants du collectif Lucha essaient de diffuser depuis 2012 en RDC. Voici déjà 5 ans que Fred, Rebecca, Micheline, Luc, et les autres, ont décidé de s’organiser collectivement et horizontalement, sans leader, sans parti, pour dénoncer et combattre la corruption, le manque d’accès aux ressources, l’impunité… Une lutte par l’action de désobéissance civile, pour prendre le contrepied de cette violence qui gangrène tant leur pays. Depuis, la répression des autorités ne cesse de s’abattre sur eux… surtout depuis leurs mobilisations contre le maintien au pouvoir de Joseph Kabila. Mais rien ne semble y faire : la Lucha a essaimé dans le pays, et est devenue un mouvement citoyen, sans compter les liens tissés à l’international avec d’autres groupes africains. Cette BD nous raconte son histoire, un portrait pluriel, à l’image de tous ses membres. Une lueur d’espoir toujours allumée !