Aide-mémoire n°92

Dans ce numéro, nous explorons la question du féminisme au prisme de son appropriation par toutes et tous. Comment faire en sorte que chacune et chacun, ancré·e dans son quotidien et sa réalité de vie personnelle, puisse se situer dans cet idéal plus juste, se sentir concerné·e et l’incarner ? Quels modes d’action et stratégie constructives encourager pour ne pas laisser sur le carreau quantité de femmes (et d’hommes) qui ne voient pas très bien comment s’y prendre dans toute cette affaire ? Ainsi Aurore Koechlin, prolongeant Marx, expose la théorie de la reproduction sociale et tente de proposer comme horizon stratégique rien moins qu’une révolution féministe au moyen notamment de la grève générale. Maite Molina Mármol nous fait voir quant à elle combien la mémoire, quand elle est portée par les femmes, revêt des formes moins visibles, moins grandiloquentes et moins revendicatives que lorsqu’elle est portée par les militants masculins, une mémoire qui n’échappe donc pas au prisme du genre et à laquelle il nous est donné de prêter attention. Nous vous proposons aussi dans ce numéro, un échange d’opinions autour des stratégies militantes du féminisme dans l’espace public en regard notamment du principe de non-mixité. Et d’autres articles à même d’aiguiser nos armes tant contre les insultes et autres moisissures terminologiques destinées à faire taire les féministes, que pour identifier la réaction réactionnaire d’une extrême droite qui ne manque pas non plus de s’emparer de la question féministe.

Toutes les illustrations présentées dans ce numéro sont le fruit d’ateliers d’écriture et de linogravure réalisés par des femmes à l’initiative de l’asbl Be Cause Toujours! et de l’atelier Bureau Tempête. Grand merci à elles de nous avoir permis d’utiliser ce super travail.

Editorial
Féminisme, appropriation et éducation populaire

Par Gaëlle Henrard

« T’es un peu féministe toi, non ? », m’a-t-on dit il y a peu sur un ton qui ne s’apparentait pas tellement à une marque d’intérêt. Attention, terrain miné sur fond de lapin aux pruneaux du dimanche midi… Je ne suis pas montée au créneau.

Il y a quelques  […]

Quelle stratégie pour le mouvement féministe ?

Par Aurore Koechlin

Depuis le début des années 2010, une nouvelle vague féministe a commencé. Elle a déjà connu trois moments. Elle naît d’abord en Amérique latine, avec l’émergence d’un mouvement contre les féminicides, en particulier en Argentine, autour de l’expression _« ni una men […]

Citoyens du Livre #29 "Nous les femmes" compte rendu

Par la Bilbiothèque George Orwell

Comment le féminisme s’invite et se vit dans un groupe de lecteurs.

Cliquez sur l’image pour consulter la BD en PDF :

[](https://www.territoires-memoire.be/assets/uploads/citoyens-du-livre-29-nous-le […]

APOCAPITALYPSE

de Timoteo Sergoï

De la poésie dans la rue et aux éditions des Territoires de la Mémoire.

« Car c’est là la place du poète dans la révolution : tu te tiens debout sur le trottoir et tu souffles à l’orei […]

Le militantisme féministe en question : non-mixité, alliance et complicité

Par Michel Recloux, Dominique Dauby, Julie Ricard et le CVFE (Collectif contre les violences familiales et l’exclusion)

Quels coûts suis-je prêt·e à assumer pour soutenir celles et ceux qui luttent pour leur vie ?

**Comment puis-je lutter avec celles et ceux qui luttent pour leur vie lorsque je ne lutte pas pour la mienne ? Est-ce en marquant de ma présence les rassemblemen […]

« Façons de dire. Façons de faire » : ce que l’on dit et ce que l’on ne dit pas

Par Maite Molina Mármol

**Dans les années 1960-1970, dans le cadre de l’étude ethnographique du village français de Minot, Yvonne Verdier s’attache à étudier la position des femmes dans la société paysanne française traditionnelle. À partir de l’analyse de trois figures – la laveuse, la couturi […]

Mots
Salope

Par Henri Deleersnijder

Le mot est particulièrement sonore. Il claque à la figure de celle à qui il est infligé. Et retentit comme une condamnation sans appel : « Va, casse-toi ! »

D’origine incertaine, il apparaît au début du XVIIe siècle, composé selon toute vraisemblanc […]

D’hystérique à féminazie : les ressorts de la disqualification, de la pathologie à l’insulte

Par Olivier Starquit

**De tout temps, les femmes, du moins celles qui revendiquent et sortent du rôle qui leur a été assigné par le patriarcat, ont fait l’objet d’insultes en tout genre. Sans les énumérer toutes, il peut s’avérer intéressant de s’arrêter sur quelques-unes et de s’interroger  […]

La réaction réactionnaire à balance ton porc [1]

Une chronique de Julien Dohet

**On retrouve au sein de l’extrême droite des personnes atteintes de ce qui se rapproche du syndrome de l’oncle Tom. Soit l’intériorisation par un·e dominé·e des comportements, attitudes et pensées de celles et ceux qui le ou la dominent au point parfois d’en être soi-mê […]

Le mot du Président (92)

Par Jérôme Jamin

Si nous regardons l’Europe en 2020 et plus particulièrement les partis d’extrême droite et leur menace potentielle sur la démocratie, nous sommes naturellement amenés à explorer ce défi dans le miroir de l’histoire, avec un regard spécifique sur les années soixante-dix e […]

La Bibliothèque George Orwell présente

Baptiste Virot, le Collectif Onze, Au tribunal des couples, Casterman, coll. « Sociorama », 2020, 12 €

Au tribunal des couples

En cas de litiges, à qui font appel les couples divorcés ? Au tribunal des affaires familiales. Pour parler de celui-ci, Sociorama a combiné le travail titanesque de onze sociologues français au dessin du bédéiste Baptiste Virot. Une fois de plus, un duo vulgarisateur gagnant ! En compagnie de Malika, le personnage de la greffière, nous découvrons cette institution et assistons aux audiences qui se déroulent bien souvent dans des conditions difficiles. Il résulte de cela une « justice de masse » inadéquate pour appréhender la complexité des situations. En effet, dans des contextes émotionnels tendus, les arbitrages entre le droit et les réalités singulières sont très compliqués, sans compter que les conséquences impactent inévitablement la vie des gens. « Pour le meilleur et pour le pire : lorsque l’intime rencontre la justice » !

Nathalie Constans, ill. d’Anya Belyat-Giunta, Je ne suis pas la bête à manger, Les Éditions du Chemin de Fer, 2013, 13 €

Je ne suis pas la bête à manger
Je ne suis pas la bête à manger

Récit d’une rencontre improbable dans un monde post-apocalyptique de trois personnages étranges. Il y a d’abord No Ouère, petite fille sauvage « élevée » par un couple de vieux dans le seul objectif de sa survie, elle sait chasser, tuer et dévorer les lièvres. Puis Ozer, invisible à No Ouère, c’est un « putain d’elfe […] le ventre rond comme une bulle et un costume trois pièces ». Ubodie, troisième personnage, qui nous ressemble le plus, est une femme qui élève des lapins pour les vendre et payer ses dettes dans une ville où l’industrie de la voiture s’est effondrée, comme à Detroit (Michigan, USA). Cette ville complètement effondrée représente notre société consumériste arrivée en bout de course. Ils s’enfuient en montant à bord d’un paquebot, rempli de voitures et où les riches habitent sur les ponts supérieurs. Ozer va les conduire sur une île qui n’existe pas, coupée en deux par un fleuve, l’île Nonlieu où vivent d’autres elfes. Une île déchirée par deux plaques tectoniques, une île qui pourrait être l’Éden ou Utopie.

« Seul le talent étonnant de Nathalie Constans pouvait créer ce conte déjanté, nourri de culture rock et de mythologie nordique. Inventant une langue, un univers, elle interroge la littérature elle-même, son pouvoir sur le monde et les hommes. Sous couvert d’un récit héroïque, elle dénonce la faillite d’une économie mondialisée, l’ostracisme et le joug de la consommation devenue culture de masse. » (site de l’éditeur)